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AFFAIRE GODRIE |
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Un procès hors du commun s’est achevé hier à Douai où un Lesquinois était jugé pour tentative d’assassinat sur sa femme La Voix du Nord 1er décembre 2004 |
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Le pardon de l’épouse entendu par la justice
A nouveau réunis, pour la vie. Arrivés à trois, soudés comme jamais, les Godrie ont quitté, hier soir, ensemble, le palais de justice de Douai. Main dans la main, soulagés, heureux, Emmanuel, le fils, s’est effondré comme ses parents à l’écoute du verdict : cinq ans de prison, assortis du sursis. Après une heure et demie de délibéré, les jurés ont entendu la défense et suivi une partie des réquisitions de l’avocat général qui demandait cinq ans de prison « avec une partie de sursis et une obligation de soins ». Jean-Claude Godrie, un Lesquinois de 57 ans, jugé depuis lundi midi pour tentative d’assassinat sur son épouse est reparti, comme il est arrivé, libre. « Merci », a dit Chantal, sa femme. « Un poids m’a été enlevé, glissait de son côté Emmanuel, je suis tellement content pour mes parents. »
C’est un procès pour le moins hors du commun qui s’est achevé hier soir aux assises de Douai où Jean-Claude Godrie, un ancien architecte à son compte, était jugé pour avoir tenté de tuer sa femme à l’aide d’un fusil de chasse (lire notre édition d’hier). Au petit matin du 20 septembre 2002, il avait tiré sur son épouse encore endormie.
Emmenée dans un état critique au CHRU de Lille, elle s’en sortira « par miracle », a souligné hier un expert. Mais avec de lourdes séquelles : Chantal deviendra, de façon irrémédiable, aveugle. Jamais elle ne portera plainte contre son époux à qui elle est mariée depuis 37 ans. Mieux, elle sera son principal soutien tout au long du procès où elle s’est constituée partie civile. « Je sais qu’il n’a pas voulu m’assassiner, qu’il a fait cela par amour », a-t-elle répété.
Parce qu’il était criblé de dettes (190 000 €), Jean-Claude Godrie n’a vu qu’une seule issue : « Me tuer et emmener la famille avec moi. » Ce qui l’arrêtera, le matin des faits, ce sont les cris son épouse et la vue de son fils. Cet acte a surpris l’entourage entier des Godrie, à entendre les témoins à la barre hier. Non, personne ne s’y attendait et personne ne pourra apporter une once d’explication à cet acte au cours du procès. Ces dettes étaient survenues « suite à une gestion, sans comptable, pour le moins désastreuse, de votre cabinet d’études », a précisé la présidente Mme Schneider.
Couple fusionnel
Hier, le couple, catholique pratiquant, n’a cessé d’être décrit comme fusionnel, ne vivant que pour les autres. Leur entourage, a toujours été étonné, presque fasciné, par la profondeur de leur amour. « Jamais Chantal ne s’est plainte de sa cécité. Elle n’est pas victime de son mari mais victime de la vie. C’est extraordinaire de les voir ensemble quand ils se rencontrent le week-end », a décrit un témoin.
La partie civile, défendue par Maître Cochet a donc demandé l’acquittement. « Il y a peut-être une place pour autre chose que la peine. »
Le réquisitoire de l’avocat général a recadré les choses : « Nous sommes en présence d’une infraction caractérisée qui a causé un trouble à l’ordre public, a-t-il déclaré, qualifiant d’irresponsable l’accusé. Il a fait de son épouse une personne dépendante à vie. »
La défense a rappelé qu’aucun témoin à charge n’avait comparu à la barre.
« Jean-Claude a remplacé une souffrance par une autre. L’arme n’a pas été achetée pour les besoins de la cause. Il a hésité à tirer. Un assassin n’hésite pas, a rappelé Maître Berton qui n’a pas plaidé l’innocence, cela n’aurait pas de sens. » Ce qu’il a demandé, « c’est que Chantal puisse quitter la salle d’audience au bras de son mari. L’amour est plus fort que le crime ». Ce qu’ont entendu les jurés.
A.-S. C.
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Un ancien architecte lesquinois est jugé depuis hier pour tentative d’assassinat envers sa femme
La Voix du Nord 30 novembre 2004 |
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L’accusé et la victime main dans la main
Accompagnés de leur fils, Jean-Claude et Chantal Godrie sont entrés dans la salle d’audience du palais de justice de Douai ensemble, main dans la main, hier en début d’après-midi. ILs l’ont quittée à deux, tout aussi unis. Visiblement, rien ne pourra séparer ce couple de catholiques pratiquants, marié depuis 37 ans. Pas même le drame du 20 septembre 2002 survenu dans leur maison à Lesquin. Ce matin-là, Jean-Claude Godrie, un architecte à son compte alors âgé de 55 ans, tire sur son épouse à l’aide d’un fusil de chasse. Une arme qu’il venait de prendre dans la chambre de son fils qui dormait encore. C’est ce que Jean-Claude Godrie, défendu par Maître Berton, attaché au barreau de Lille, a reconnu à la cour d’assises de Douai, présidée par Mme Schneider. L’accusé y est jugé depuis hier pour tentative d’assassinat. « J’ai tiré sur ma femme en fermant les yeux. Je ne voulais pas la tuer mais mourir seul. Seulement, je me suis dit qu’elle ne supporterait pas mon départ. »
Après avoir tiré, ce matin-là, « j’ai voulu retourner l’arme contre moi ». Seulement, les cris de sa femme et la vue de son fils, réveillé par sa mère, ont stoppé net ses intentions. « Et j’ai aussitôt appelé les secours », continue le Lesquinois. Dépressif, Jean-Claude Gondrie, hospitalisé d’office après les faits, ne présente pas pour autant de pathologie mentale. « Anxieux, il est agressif envers lui-même et en dépression réactionnelle », conclut un expert psychiatre.
Suicide altruiste
Parce qu’il était criblé de dettes (120 000 €), justifie l’accusé – ce que son épouse ignorait -, et surtout parce le banque ne le soutenait plsu, voià pourquoi tout a basculé ce jour-là. « J’ai toujours pensé que mes fiances se rétabliraient. Mais quand la banque appelle, je comprends que c’est la fin », raconte l’accusé entre deux sanglots.
Malgré le drame, la victime n’a jamais porté plainte contre son mari. Pourtant, gravement blessée à la tête, Chantal est aujourd’hui aveugle. « Je sais qu’il n’a jamais voulu m’assassiner, qu’il était désespéré », dit-elle à plusieurs reprise. Ses sentiments pour lui n’ont pas failli une seule seconde. Hier, elle l’a une nouvelle fois prouvé. Tout d’abord, en se constituant partie civile. « Je l’ai fait pour pouvoir être auprès de mon mari, l’accompagner tout au long du procès. » Pour pouvoir aussi comprendre ce qui s’est exactement passé ce matin-là dans la tête de son époux. « Elle en a besoin », rappelle d’ailleurs son avocat Maître Cochet, attaché au barreau de Lille. « et puis je veux pouvoir dire à quel point j’aime mon mari, que je lui pardonne son geste désespéré. Et surtout que je demande l’acquittement pour lui. »
Comment ressent-elle son handicap aujourd’hui ? lui demande l’avocat général.
« Le mal n’est pas ma cécité. Le mal , c’est d ‘être séparée de mon mari. »
Depuis sa sortie de l’hôpital, ou elle est restée près de deux mois, Chantal vit chez les Petites Sœurs des pauvres à Lille. « Et je souffre quotidiennement de ne plus vivre avec mon mari depuis deux ans. »
Jean-Claude Godrie, qui a retrouvé un travail à mi-temps depuis un mois et demi, reste quant à lui chez un abbé dans le quartier de Fives à Lille. Chaque week-end, il le passe avec son épouse. « Et nous séparer le lundi est un enfer. »
A la fin de cette première journée de procès, Jean-Claude Godrie a demandé publiquement pardon à son épouse. « Je t’ai déjà pardonné a-t-elle répondu. Ce que je demande, aujourd’hui, c’est de nous laisser une chance de revivre ensemble. » Verdict ce soir.
A.-S. COUSIER
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Tentative de meurtre
Libre, il quitte le tribunal avec sa femme infirme
Le Parisien, 1er décembre 2004 |
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Douai (Nord)
De notre envoyé spécial
COUPABLE mais libre. Hier soir, la cour d’assises du Nord a condamné Jean-Claude Godrie, 57 ans, à cinq ans de prison avec sursis mise à l’épreuve pour avoir tenté d’assassiner son épouse, Chantal, le 20 septembre 2002 à Lesquin (Nord). En larmes mais heureux, le mari, sa femme qui l’a toujours défendu et leur fils se sont longuement étreints à l’énoncé d’un verdict clôturant le procès d’un poignant drame passionnel. Sa foi en Dieu est infinie, son amour pour son mari immortel et sa générosité sans limite. Voilà qui est Chantal Godrie. Habitée par ces valeurs, cette femme de 56 ans juge inconcevable d’être « la victime de son mari « , quand bien
même ce conjoint l’a rendue aveugle à vie en lui tirant un coup de carabine en pleine tête. Chantal n’est pas victime de son mari mais des circonstances de la vie résume une de ses amies devant la cour d’assises à Douai où – fait rarissime- la partie civile a demandé hier l’acquittement de l’accusé.
« Ma Cliente n’en a jamais voulu à son mari, on est au delà du soupçon. Ce qui a été fait est fait, la vie doit continuer, de grâce, permettez-le. Sommes-nous sûrs qu’en condamnant Jean-Claude Godrie, on ne punirait pas au moins autant Chantal ? » plaide Maître Christian Cochet.Cette position singulière de la partie civile gêne l’avocat général. Conscient d’intervenir dans un dossier atypique, Jacques Raybaud ne croit pas à la thèse de l’architecte, qui, acculé par les dettes, décide de supprimer sa femme, son fils puis de se suicider pour soulager tout le monde. « Au nom de quoi s’arroge-t-on le droit de vie ou de mort sur les autres ? » interroge le magistrat qui va s’attacher lors d’un long réquisitoire à rapporter la preuve de la pleine et entière responsabilité de l’accusé.
Se basant sur les déclarations de Jean-Claude Godrie juste après les faits, l’avocat général estime que son acte était prémédité et que l’intention homicide est avérée. Comment expliquer un tel geste ? Selon Jacques Raybaud, l’origine des difficultés financières de Godrie trouve sa source dans une erreur d’aiguillage professionnel, quand l’architecte formé sur le tas s’est installé à son compte : « Il n’a pas compris certaines spécificités de cette profession où il existe un décalage entre les commandes et la perception des honoraires Blessé dans son orgueil, il a été incapable de faire face aux difficultés, fuyant ses responsabilités et masquant la vérité à ses proches. »
Dénonçant « l’acte odieux » d’un homme « à côté de la réalité », Jacques Raybaud estime qu’il mérite une sanction. Le pardon de sa victime n’y change rien. Tenant compte d’un « contexte particulier », il avait requis une peine de cinq ans dont une partie assortie d’un sursis mise à l’épreuve.
« Ces deux-là s’aiment »
« Dans ce dossier, le crime est moins important que l’amour », plaide à son tour la défense. Aux yeux de Maître Berton, son client n’est pas un criminel. « Un assassin, il s’organise, il n’hésite pas. Le geste de Jean-Claude Godrie n’était pas prémédité. C’était celui d’un homme au bout du rouleau qui n’a pas trouvé d’autre solution », explique le pénaliste en rappelant que l’accusé était atteint d’un trouble psychique ayant altéré son discernement lors du passage à l’acte. « L’amour est plus beau que le crime. Oui, il y a eu ce geste, je ne peux pas plaider l’innocence, cela n’aurait pas de sens. Ces deux-là s’aiment. Leur désir mon désir, est de les voir quitter cette salle main dans la main. Ce n’est pas une injustice », conclut Maître Berton. Les jurés ont permis au couple de repartir ensemble. Libre et soulagé.
GEOFFROY TOMASOVITCH.
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Société
: Cinq ans de prison avec sursis pour un mari qui a tenté d’assassiner son épouse
Le Monde, 1er décembre 2004 |
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A l’issue du prononcé du verdict, Jean-Claude Godrie et sa victime, sa femme Chantal, se sont longuement enlacés en pleurs.
Un architecte de 57 ans auquel sa femme a pardonné de l’avoir rendue aveugle en lui tirant une balle dans la tête, a été condamné, mardi 30 novembre à Douai, par la cour d’assises du Nord, à cinq ans d’emprisonnement avec sursis, pour tentative d’assassinat.
Le jury, qui a délibéré pendant un peu plus d’une heure, a suivi le réquisitoire de l’avocat général, Jacques Raybaud, qui avait réclamé contre Jean-Claude Godrie « cinq ans d’emprisonnement dont une partie avec sursis ». L ‘accusé encourait la réclusion criminelle à perpétuité.
La cour a souhaité que l’accusé continue le suivi psychologique commencé de sa propre initiative, a annoncé la présidente Catherine Schneider.
Après le prononcé du verdict, Jean-Claude Godrie et sa victime, sa femme Chantal, en pleurs, se sont longuement enlacés. « La séparation a été insupportable. On est soulagés de se retrouver », a déclaré l’épouse.
« On va renaître », a pour sa part estimé le mari qui, un matin de septembre 2002, criblé de dettes, s’était saisi de sa carabine avec l’intention de tuer sa femme et de retourner ensuite l’arme contre lui. Le cri de douleur de l’épouse blessée et l’irruption de leur fils l’avaient dissuadé d’aller au bout de sa tentative meurtrière et suicidaire.
UN GESTE « D’AMOUR »
Dans son réquisitoire, l’avocat général avait estimé qu’ « il y a bien tentative d’assassinat » et évoqué un « acte réellement odieux ». Mais il avait souligné le « contexte particulier » de l’affaire, où l a victime a pardonné le geste désespéré de son mari.
M. Raybaud avait aussi confié prendre « un pari » en ne réclamant pas de peine supérieure à l’encontre de M.Godrie, et dit espérer que l’accusé « sera à la hauteur de la confiance dont on le crédite et de l’attente de son épouse ».
Guidée par son mari à l’intérieur du palais de justice, Chantal Godrie avait expliqué à la barre que « le mal d’être séparée de Jean-Claude était plus fort encore que la cécité ». L’épouse avait estimé que le geste de son mari était un geste « d’amour » et qu’elle ne lui en voulait pas : « Il n’a pas fait ça pour m’assassiner mais parce qu’il était à bout. » Mme Godrie s’était portée partie civile au procès pour réclamer l’acquittement de son époux.
« Elle est victime des circonstances de la vie, pas de son mari », avait plaidé Maître Franck Berton, avocat de l’accusé. Demandant un « sursis total » pour son client, Maître Berton avait expliqué ne pas plaider l’innocence car « cela n’a pas de sens sur le plan pénal ». Jean-Claude Godrie ne veut « pas gommer son geste », avait-il assuré.
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Jean-Claude Godrie avait tiré sur sa femme, la rendant aveugle
Ils repartent ensemble…
Nord Eclair 1er décembre 2004 |
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Pendant les deux jours du procès de son mari, jugé pour tentative d’assassinat sur elle, Chantal Godrie l’a toujours soutenu. Hier soir, il est ressorti libre de la cour d’assisses de Douai qui l’a condamné à cinq ans de prison mais avec sursis.
Un verdict qu’elle espérait.
Cramponnés les uns aux autres, ils s’effondrent. Jean-Claude Godrie, le mari, Chantal, sa femme, et Emmanuel, leur fils de 20 ans secoué de sanglots déchirants. Il est 18h, l’avocat général vient de requérir cinq années de prison assorties d’un sursis laissé à l’appréciation des jurés. Ce réquisitoire, ils le prennent comme une terrible menace sur l’avenir, eux qui n’espèrent qu’une chose, repartir ensemble ce soir du palais de Justice de Douai. Jean-Claude Godrie guidant les pas aveugles de Chantal, Emmanuel au bras de sa mère. Pourtant, cela aurait pu être bien pire. Jugé pour tentative d’assassinat, Jean-Claude Godrie risque, en théorie, la perpétuité.
Certes, cet architecte de 57 ans, a bien tiré une balle dans la tête de sa femme, un matin de septembre 2002 mais, et c’est exceptionnel dans une cour d’assisses, Chantal Godrie, la victime, supplie qu’on lui laisse son mari. C’est Maître Christian Cochet, son avocat, qui porte cette étrange requête de la part d’une partie civile. Il s’est demandé par quel bout il allait la prendre cette supplique mais « Chantal Godrie m’a dit que le saint esprit m’inspirerait ». Cela ne l’a pas vraiment rassuré mais il y est allé, démontant l’image d’une croyante illuminée par sa foi pour peindre le portrait sensible d’une femme simple « en attendant de l’absolu, peut-être de l’irréel, de l’impossible ». Une femme, un couple, une famille où la religion s’insinuait , jusque dans cette chambre aménagée en oratoire à l’étage de leur maison de Lesquin.
Un amour fusionnel
On ne peut faire l’impasse sur cette dimension particulière qui donne, en partie, son sens à l’attitude de Chantal Godrie. Mais pour Maître Cochet, « elle a dépassé de très loin le stade du pardon ». Ce n’est pas si fréquent dans une cour d’assises mais c’est d’amour dont on parle ici. « Un amour fusionnel », il veut bien le concéder Maître Cochet, « mais trop aimer, c’est mal aimer ? Vous n’êtes pas juge de cet amour », rappelle-t-il, juste juges de l’acte de cet homme qui a voulu tuer sa femme et prévoyait ensuite de se suicider.
Pourquoi l’emmener avec elle dans la mort ? Parce que, criblé de dettes, il ne voulait pas la laisser seule dans ce désastre. Parce que sans doute aussi, cette femme totalement dépendante de lui, il ne l’imaginait pas capable de lui survivre.
C’est toute l’ampleur de ce drame qui a « déjà fait assez de ravages » que son défenseur, Maître Franck Berton, va devoir exposer aux jurés pour les convaincre. Il peut tout oser dans cette cour d’assises et dire qu’ici, aujourd’hui, « l’amour est plus important que le crime » pour ce couple qui s’est rencontré au cinéma – ils avaient quinze ans – alors que défilaient sur l’écran les images de Roméo et Juliette. Parce que « la justice est voyeuse », parce qu’ « elle ne nous épargne rien », on a tout entendu de l’histoire et de l’intimité de ce couple.
« Une vie tranquille, une vie banale », l’histoire d ‘un homme qui s’est fait à la force du poignet et n’a pu supporter sa déroute financière, une vie avec les difficultés posées par un fils attendu pendant 18 ans, trop gâté, et qui, dans son effondrement aujourd’hui, porte sans doute sur les épaules un poids trop écrasant.
Il ne demande pas l’acquittement Franck Berton. Il ne fuit pas la responsabilité de son client, simplement « un homme au bout du rouleau » qui n’a pas trouvé d’autre issue à son destin qu’un suicide en chaîne.
Trois jours avant ce terrible matin, « il ne restait plus qu’un euro et 59 centimes à la banque », mais Jean-Claude Godrie n’a pas su se confier, n’en a pas dit un mot à sa femme. « Chez ces gens là, on n’en parle pas ».
Alors, « il a remplacé un malheur par un malheur plus grand » personnifié par cette femme chétive, effondrée après le réquisitoire, serrant son fils contre elle, et qui se redresse à mesure que Maître Berton brosse le portrait de son mari.
Peut-être même qu’elle reprend confiance, qu’elle se remet à espérer puisque, lui, l’homme en robe noire, sait dire aux jurés qu’ « il ne faut pas désespérer de l’humanité » et qu’il faut regarder cette histoire comme elle est : celle d’un homme qui aime sa femme, d’une femme qui aime son mari. Envers et contre tout, malgré tout, même le pire. Il le sait « ce procès est exceptionnel et c’est pour ça que ça va pas être facile » de juger. D’un coté les actes, de l’autre l’histoire de ce couple. E code pénal et le code moral. En condamnant Jean-Claude Godrie à cinq ans de prison avec sursis, les jurés ont lâché le code de procédure. Ils ont jugé l’homme.
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Son mari l’a rendue aveugle en tirant sur elle pendant son sommeil
« Je comprends, je lui pardonne »
Nord Eclair 30 novembre 2004 |
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Criblé de dettes, Jean-Claude Godrie jure avoir prévu de se suicider mais ne voulait pas laisser derrière lui sa femme Chantal et son fils Emmanuel. Mais après avoir tiré une balle dans la tête de sa femme, il dit avoir renoncé à son projet. Il est jugé pour tentative d’assassinat.
Cachés par des lunettes noires, on ne voit pas ses yeux qui eux-mêmes ne voient plus rien. Chantal Godrie est aveugle. Au bras de son mari Jean-Claude et de son fils Emmanuel qui guident ses pas, cette petite femme tout de noir vêtue arrive au palais de justice de Douai. Pour pénétrer dans la salle d’audience où la cour d’assises va juger Jean-Claude Godrie pour tentative d’assassinat, Chantal lui tient la main. Puis se colle contre lui sur le banc où il va se retrouver seul dans quelques instants. Le ton est donné. Cette femme n’est pas là en accusatrice.
Pourtant, elle aurait quelques raisons d’en vouloir à cet architecte de 57 ans qui, un matin de septembre 2002, lui a tiré une balle dans la tête alors qu’elle dormait. « J’étais criblé de dettes. Depuis le retour des vacances, ça me trottait dans la tête. Je voulais me fiche en l’air », mais Jean-Claude Godrie ne se voyait pas laisser derrière lui une femme très dépendante et un fils qui leur donnait du fil à retordre. « J’ai donc décidé de les tuer et de me suicider après. Si je m’étais seulement suicidé, ma femme ne l’aurait jamais supporté ».
Pendant ces mois au cours desquels l’étau financier se resserrait contre lui, cet homme qui a quitté l’école à 14 ans avant de commencer à travailler à l’usine – « je partais le matin avec ma toile bleue » - puis de suivre des cours du samedi pour décrocher un diplôme d’architecte, n’a jamais rien dit à sa femme de ses soucis. Un silence qui a fini par le plonger dans une angoisse folle.
« Il était dans une impasse et ne voyait que la mort pour en sortir », explique Maître Franck Berton, son avocat.
Des statues, des crucifix, des tableaux religieux partout
Alors, un matin, il est passé à l’acte mais Jean-Claude Godrie n’a pas pu accomplir son projet morbide jusqu’au bout. « Elle a crié que quelque chose avait explosé dans sa tête. Mon fils s’est réveillé, il s’est précipité ».
Les secours sont arrivés, Chantal a pu être sauvée. Aujourd’hui aveugle, elle vit dans une institution religieuse tenue par les Petites Sœurs des Pauvres. Son mari, qui ne fera qu’une dizaine de jours de détention et sera hospitalisé plusieurs fois en psychiatrie, est hébergé chez un ami prêtre, en attendant le verdict de ce procès.
Chez les Godrie, la religion est partout. La foi, omniprésente, revendiquée. « Chez eux, il y avait des statues, des crucifix, des tableaux religieux partout. Sur les murs, sur les placards », raconte ce policier qui est arrivé sur place, peu de temps après le coup de feu.
« L’auteur, les faits, la victime, tout est particulier dans cette affaire », poursuit-il et, de fait, la mission confiée par Chantal Godrie à son avocat prouve à quel point ce procès est exceptionnel. Définitivement handicapée, elle veut que Maître Christian Cochet demande l’acquittement de son mari. Si lui se perd dans les méandres de son histoire quand on lui demande d’expliquer précisément comment tout cela est arrivé, si Jean-Claude Godrie s’effondre en sanglots et se mouche bruyamment, Chantal Godrie, elle, est surtout pressée de faire entendre sa voix. Elle trépigne. Répond à la place de son mari. Conteste une déclaration d’expert. Une précision d’un enquêteur. Un commentaire de l’avocat général.
En toute fin de journée, elle s’avance enfin à la barre. Frêle, fragile, mais déterminée. Des faits, elle n’a pas grand chose à dire. Elle dormait. Cette douleur dans la tête. Son mari qui lui dit « c’est moi ! J’ai des problèmes » et le trou noir jusqu’à ce qu’elle se réveille à l’hôpital. Aveugle.
Pour comprendre comment ce couple fonctionnait, la présidente Catherine Schneider l’invite à raconter son quotidien. Chantal Godrie n’aimait pas rester seule chez elle. Elle faisait tout avec son mari, le suivait même sur ses chantiers la journée et l’attendait dans la voiture. Le week-end, ce couple très pieux passait son temps à retaper une petite chapelle dans la Somme.
« C’était notre vie ».
« - Vous aviez du mal à être séparée de lui ?
- Oh oui !
- S’il vous avez parlé des ses problèmes, comment auriez-vous réagi ?
- Je ne sais pas. J’aurais eu peur.
- Comment interprétez-vous son geste ?
- Je comprends. Il était acculé par ses difficultés. Cela a dû être une souffrance terrible pour lui de vivre ça tout seul…
- Comment acceptez-vous votre cécité.
-Je vis avec.
- Qu’attendez-vous de cette audience ?
- Que la cour Comprenne que mon mari n’a pas voulu m’assassiner.
- Souhaitez-vous revivre avec lui ?
- De tout mon cœur, de toute mon âme. J’ai besoin de mon mari. L’un ne va pas sans l’autre. Je comprends son acte. Je lui pardonne. »
Florence Traullé
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