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AFFAIRE CHADIA A.
Mort de Ming : sa mère reste seule impliquée
Nord Eclair 21 mars 2003
Hier s'est poursuivi sous la présidence de Jean-Claude Monnier le procès de Chadia A., cette jeune lilloise de 23 ans à laquelle est reprochée la mort de Ming, son bambin agé de 28 mois auquel, selon l'accusation soutenue par l'avocat général Pierre Lecat, elle a admnistré dans la nuit du 7 au 8 janvier 2001 des produits médicamenteux et stupéfiants à doses toxiques.
En l'absence, à l'ouverture des débats, de deux témoins essentiels, dont les diverses parties en cause, et notamment, la défense assurée par Me Franck Berton, souhaitaient connaître la version des faits, la cour a abordé le fond de l'affaire tout en faisant procéder à des recherches pour ramener ces témoins à la barre. Ce qui a été fait. La possibilité du renvoi du procès à une cession ultérieure n'avait plus lieu d'être. L'instruction à l'audience s'est donc poursuivie.
Il est évident que le petit garçon n'a pas lui même absorbé les produits qui ont entraîné sa mort tant ils sont « écourants et pas faciles à avaler », selon un témoin connaisseur, et Ming aurait eu le réflexe de recracher. Ces produits lui ont donc été administrés. De force ?
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Un empoisonnement ou un accident ?
Nord Eclair 20 mars 2003


En renvoyant Chadia A ; devant les assises pour empoisonnement, l'accusation suppose qu'elle voulait tuer Ming, son fils de deux ans, et savait qu'il agissait d'un cocktail mortel. Cette jeune toxicomane reconnaîtra lui avoir donné des cachets pour le faire dormir avant de se rectracter.

« Ming a été désiré. Quand il est né, c'était le plus beau jour de ma vie. J'étais follement heureuse. »

A la barre, Chadia flotte dans sa veste grise. Elle n'a que 23 ans , en paraît facilement 10 de plus avec son visage aussi émacié que livide et sa silhouette d'une maigreur à faire peur. Elle parle de Ming son petit garçon de deux ans qu'elle a trouvé tout froid dans son lit ce 8 janvier 2001.
Il était environ 14h. Chadia émergeait seulement après un soirée partagée avec son amie Sabrina et Wilfried, mi-copain mi-dealer, dans son appartement de Lille Sud. Ils ont pris un peu de tout ce soir-là. De l'héroïne, du Valium, du cannabis, du Rohypnol.un cocktail détonnant. « Mon bébé jouait dans sa chambre. Il est allé se coucher vers minuit ».
Comme incapable de prononcer le prénom de son enfant, Chadia commence par parler d'elle. Sa rencontre avec le père de Ming pour lequel elle va quitter le domicile familial, provoquant la colère d'un père très strict et de ses frères qui vivront ce départ comme un déshonneur. Mais comme le dira un expert psychiatre « elle a mal choisi ». Le père de Ming sortait de prison. Il y était déjà retourné quand Chadia accouchera seule. « On se disputait tout le temps. Il faisait des conneries . Il se droguait », raconte aujourd'hui la jeune femme et c'est « pour le faire réagir » qu'elle commence à son tour, à prendre des stupéfiants. « Mais le piège s'est refermé sur moi ». la drogue l'a prise dans ses tenailles. Chadia a vite plongé.
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C'est pourtant pour empoisonnement que Chadia est jugée par la cour d'assises du Nord, un chef d'accusation qui suppose la volonté de tuer. Pourtant, dès l'ouverture des débats, le président Jean-Claude Monnier se demande si « la question de l'accusation est bien posée ». On a en effet bien du mal à croire que cette jeune femme écrasée de culpabilité, de toute évidence détruite, aurait pu vouloir la mort de Ming.
Elle ne plaidera pourtant pas l'accident terrible et s'accroche aujourd'hui à sa version. Non, elle n'a pas donné de cachets à Ming pour le faire dormir et, si elle a avoué avant des se rétracter, c'est parce qu'elle était en état de fragilité devant les policiers qui l'interrogeaient. Un de ses deux défenseurs, Me franck Berton, ne cache d'ailleurs pas vouloir plaider l'acquittement.
Il est persuadé que ce n'est pas Chadia qui a fait prendre les cachets à l'enfant. Dans l'appartement ce soir là, ils étaient trois et l'avocat menace de demander le renvoi du procès aujourd'hui si Wilfried, le copain-dealer, ne se présente pas à l'audience. Pressée par le président Monnier, Chadia ne répond sur ce sujet que du bout des lèvres. « Je ne veux pas accuser sans preuves », mais si ce n'est pas elle, alors c'est qui ?

Si elle n'avait pas été toxicomane.
Pour Me berton, ce procès est aussi celui de « l'abandon ». Chadia est seule dans le box, comme elle était finalement seule pour tenter d'élever Ming. Lâchée par sa famille qui n'a pas supporté son départ, entourée de toxicomanes qui pensaient d'abord à courir après leurs doses, sans aucun filet social autour d'elle pour mesurer le danger que courait l'enfant. « Et la justice se donnerait bonne conscience en disant qu'elle l'a tué ? », s'indigne d'avance son avocat.
Chadia, elle, n'accuse pas. Elle tente juste de réfuter l'accusation terrible qui pèse contre elle et écoute l'expert psychiatrique dire la seule certitude qu'on ait pour l'instant. « Si elle n'avait pas été toxicomane, son fils Ming ne serait pas mort ».

D'une existence toute tracée à une plongée dans le sordide
La voix du nord, 21 mars 2003
« Ming présentait des ecchymoses, à mes yeux plutôt évocatrices de coups que de chute ».
Cette phrase, lancée dès 9h par le médecin légiste, donne le la de la deuxième journée du procès de Chadia A., cette lilloise de 23 ans, accusée d'avoir empoisonné son fils de vingt-huit mois en janvier 2001. A-t-elle pu souhaiter la mort de son enfant ? A cette heure de la journée, la cour et les avocats de la défense, Me Franck Berton et Me Aurélie Deswarte, ignorent encore si les deux témoins fondamentaux qui font l'objet d'un mandat d'amener seront présents ou non.

En attendant leurs témoignages capitaux, la personnalité de l'accusée est au cour des débats. Avec son amie d'enfance, Chadia était considérée comme une petite crapule du collège . Une dérive à laquelle mettent fin ses parents en l'inscrivant dans un établissement privé. CAP, première année de bac professionnel de secrétariat.Une rencontre suffit alors que pour s'effondre le fragile équilibre : Chadia croise par hasard son amie d'enfance dans le métro. Connaissant l'attirance de Chadia pour les Asiatiques, cette amie lui donne les coordonnées du compagnon de cellule de son concubin : Thierry.
Quand il est libéré, Chadia, 17 ans et demi, fugue avec lui. Après la naissance de Ming, elle sombre avec lui dans la toxicomanie. « Elle souffrait énormément de solitude, quasiment d'abandon. Son concubin passait son temps en prison », décrit une psychologue. Le père de Chadia jamais n'aura vu son petit-fils. « Il voulait pour elle un mariage arrangé comme moi avec lui », insiste la mère de l'accusée, qui voyait Ming en cachette.

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Sur Wilfried, le fournisseur en médicaments et en drogue, Monia n'est pas tendre non plus : « C'est un cinglé drogué à fond sans aucune morale. Il était amoureux de Chadia, mais Ming était de trop. »
Ce Wilfried déclaré mort la veille, apparaît à 14heures dans la salle d'audience. Le toxicomane maigre dans son blouson kaki, semble avoir tout oublié. « C'est obligatoirement quelqu'un qui lui a donné les cachets. Mais ce n'est pas moi, ni mes deux copines. Enfin avec la drogue. »
Me Franck Berton creuse la brèche : « Vous lui auriez donné et vous auriez pu oublier ? Non, ça choque ! ». L'avocat fouaille encore. Le témoin résiste : « Je suis formel. je suis incapable de faire ça ! »
Entre ensuite Thierry, le père de Ming, encadré par deux policiers. En garde à vue à la mort de son fils, il est détenu au procès de sa femme. « C'est un peu ma faute tout ça. Je fais des bêtises, la drogue. » « Qu'est-ce que vous avez apporté à Chadia », interroge Me Berton, « Rien que du malheur. »

De rencontre hasardeuse en mauvaises fréquentations, la vie de Chadia a basculé dans le sordide. Qu'est-cequi pourra l'aider à vivre en être responsable ? Cette question souvent sur les lèvres du président Monier, les jurés se la poseront encore aujourd'hui. Une dernière fois.

La jeune mère condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis.
La voix du nord, 20 mars 2003


Le procès de la solitude aboutit à un peine d'accompagnement


Le procès de Chadia A., accusée d'avoir empoisonné son fils à Lille Sud en janvier 2001, a une nouvelle fois pris un caractère surréaliste hier. Après l'absence de deux témoins capitaux mercredi et l'apparition jeudi de l'un d'entre eux pourtant déclaré mort, la cour croyait être au bout de ses surprises.
Eh bien non ! Débutée avec retard, le procès avait été prolongé d'une matinée.qui s'est transformée en une journée : faute de réquisition écrite du parquet, l'accusée était coincée dans sa cellule de Loos.
A son arrivée vers 11 heures, l'avocat général Pierre Lecat voyait toujours un seul absent : Ming. « Ce joli petit garçon est mort dans l'indifférence, dans un lit d'une saleté repoussante. Ses ronflements, ses râles d'agonie, n'ont même pas alerté sa mère » Un réquisitoire poignant. L'accusée ferme les yeux, impassible dans son box. « On est loin de la belle histoire que veut nous faire entendre la défense. »
Pierre Lecat est convaincu de la culpabilité de Chadia : « Elle a avoué à trois reprises le 22 mars 2001. » Ses dénégations actuelles ? « Une culpabilité qu'elle n'assume plus. »
« Je ne viens pas vous dire qu'elle a voulu la mort de son enfant, ni qu'elle ne souffre pas de cette mort. ».
Il requiert la requalification de l'empoisonnement en administration d'une substance nuisible pour la santé et cinq années de réclusion criminelle. Grimaces sur les visages de certains jurés : la peine maximale encourue est de vingt années.

Débrouille toi !
Après une courte pause, Me Aurélie Deswarte prend la parole pour sa première plaidoirie devant les assises. Immédiatement, Chadia fond en larmes. Elle et son avocate sont devenues très proches. Me Deswarte compare l'itinéraire de Chadia à celui de Patrick Dils, innocenté après des aveux. Pour Me Deswarte, Chadia est une « coquille vide » ; pour Me Berton, elle est « une femme murée dans une forteresse de chagrin et de souffrance », « une mère qu'on accuse du pire des crimes : avoir tué son enfant »
Et de riposter : « Ce n'est pas une belle histoire, mais une histoire sale, une histoire mauvaise que celle de Ming ». L'avocat évoque le père de Chadia qui attend dans la voiture, sa mère qui sanglote sur le banc et « qui n'a pas su protéger sa fille ». « C'est le procès de la solitude, celle de ce gamin mort dans son lit, celle de cette mère seule dans son box, celle de cette salle où les témoins venus hier ne s'intéressent même pas aux plaidoiries. ». Il dénonce l'absence de réactions chez la famille, les voisins, les associations de Lille Sud, les assistantes sociales : « C'était : débrouille-toi ! »
Me Berton s'attaque aussi à la pièce maîtresses de l'avocat général : l'aveu.
« Elle avoue un demi-subutex et six mois plus tard, l'expert découvre une dose entre deux et quatre subutex.il y a un couac. » Il instille un doute dans l'esprit des jurés en répétant la déclaration évasive de Wilfried selon laquelle « il pense qu'il n'a pas donné les cachets ».
L'émotion monte encore d'un cran : « Le président a souvent dit que Chadia portera toujours son dramedans son cour. Je vous le dis : Laissez-la avec son cour. Acquittez-la ».
Les jurés n'ont pas suivi entièrement la plaidoirie. Ils ont choisi une peine pédagogique, un accompagnement : cinq années d'emprisonnement dont deux avec sursis et mise à l'épreuve : celle de se soigner.

La voix du nord, 20 mars 2003
« Je suis une mère indigne »


Il y a deux ans quasiment jour pour jour, Chadia A. signait une déposition qui allait la conduire droit en détention provisoire. Son fils de vingt huit mois, Ming, était mort le 7 janvier 2001, à Lille Sud, d'une overdose de Valium et Subutex.
Aveu terrible, le 21 mars 2001 : sa mère reconnaît lui avoir mis un valium et un demi-subutex dans la bouche. « Je voulais être tranquille pour taper une deuxième dose d'héroïne. Je ne savais pas qu'il allait mourir », déclare-t-elle aux policiers.
Hier, au premier jour de son procès devant la cour d'assises de Douai, où elle répond d'empoisonnement sur mineur, la jeune lilloise de 23 ans tient une toute autre version. « On m'a mis la pression lors de cette garde à vue, j'étais la coupable idéale », explique posément l'accusée, vieillie avant l'âge. Des deux témoins qui devaient servir la défense, aucun n'est présent. Thierry, le père de Ming, est détenu à la prison de Gand tandis que Wilfried, le fournisseur de drogue du jeune couple de toxicomanes, est dans la nature. Sur demande de Franck Berton, excédé, la cour lance deux mandats d'amener à l'encontre des absents avant d'entamer l'instruction.
La jeune femme brune, à la maigreur presque fantomatique, raconte posément son histoire. « Thierry, c'est mon premier grand amour, entame-t-elle. Il m'avait dit qu'il arrêterait ses conneries. » En août 1998, un an après avoir quitté le foyer familial dirigé d'une main de fer par son père, Chadia met au monde la petit Ming. « Malheureusement, son père n'était pas là au moment de l'accouchement. Il était en prison. »

Association fatale
Pour « faire réagir » dit -elle , un concubin qui multiplie les délits, Chadia l'accompagne dans la drogue. « Puis le piège s'est refermé sur moi .» Jusqu'à cette fameuse soirée du dimanche 7 janvier 2001. après une dispute, le vendredi qui précède, Thierry, parti pour acheter de cigarettes, n'est pas revenu. Sabrina, une amie, tient compagnie à Chadia. Arrive ensuite Wilfried, avec en poche de l'héroïne et une boîte de médicaments. « Une véritable armoire de pharmacie », selon le président Jean-claude Monnier. Pour une soirée entière de « défonce ». Dans la chambre d'à côté Ming joue, laissé à lui-même. « Vers minuit, il est allé se coucher tout seul. Il était cassé, très fatigué », a témoigné la mère. Le lendemain, vers 14h, à son réveil, Chadia, découvre le corps inanimé et froid de son bébé. « Je suis une mère indigne.si je m'étais levée de bonne heure, on aurait pu le sauver », lâche-t-elle à l'audience.
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Depuis les faits, l'accusée est rongée par la culpabilité. « elle a perdu dix kilos à cause de son état dépressif », explique l'expert psychiatre. Il s'interroge sur « sa capacité, à l'époque, à élever un bambin de vingt-huit mois ». Une chose est sûre à ses yeux : « Si elle n'avait pas été toxicomane, son fils ne serait pas mort ». Il ajoute : « elle va devoir vivre avec ça ». Une première condamnation, en attendant celle d'aujourd'hui si l'affaire n'est pas renvoyée faute de témoins.

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