Tout un plat du hamburger halal
Ecrit par Eric Dussart
Voilà une polémique qui n'aurait jamais pris au temps de la fricandelle-mayonnaise. Le mystère jalousement gardé de sa fabrication en fait un produit certifié ch'ti hautement intouchable.
Avec le hamburger, en revanche, on fait à peu près ce qu'on veut. Il s'en invente de nouveaux à chaque saison, au gré des idées et des modes, et la prospérité insolente de ses inventeurs ne laisse pas le moindre doute sur l'efficacité de ses services de marketing. Le nom change plus que le goût, et ça marche, voilà tout.
Mais cette fois, le marketing pourrait emmener l'enseigne Quick jusque devant les tribunaux. En bon lecteur de La Voix du Nord, René Vandierendonck, le maire de Roubaix, s'est aperçu le week-end dernier que le restaurant rapide de sa ville fait partie des huit franchises du groupe à remplacer le bacon par une tranche de dinde grillée vendue pour de la viande halal. C'est-à-dire que l'abattage respecte le rite musulman.
Ce n'est pas à Roubaix par hasard, bien évidemment, pas plus qu'à Argenteuil, Garges-lès-Gonesse, Villeurbanne ou Marseille, et Quick ne s'en cache pas. Il y a dans ces villes une demande qui justifie l'offre. On est bien dans une logique de business, il n'y a pas à y revenir.
Mais ce qui hérisse M. Vandierendonck, c'est que l'apparition de ces hamburgers halal a chassé les traditionnelles recettes au porc du Quick de sa ville. Et hier, il a déposé une plainte pour discrimination. « Oui à la diversité, non à l'exclusion », dit-il en substance.
Comme beaucoup de gens derrière lui, d'horizons et d'origines diverses, M. Vandierendonck s'émeut qu'on impose à la majorité ce qui ne découle, au fond, que d'une pratique religieuse particulière. Comme d'autres se sont émus, avant lui, qu'on ne serve que du poisson le vendredi midi, aux cantines des écoles.
Mais comme tout ce qui touche la religion, et particulièrement la religion musulmane ces temps-ci, cette polémique-là a pris de l'ampleur. On en fait désormais tout un plat, si on peut dire.
Dans la plainte déposée hier par Me Frank Berton, la ville de Roubaix demande clairement à la justice de dire si on est ici dans le domaine de la discrimination. « Quick sera bien en peine de m'expliquer selon quels critères on a procédé au choix de ces huit villes », croit savoir l'avocat lillois. Pas si sûr : la chaîne de restauration rapide (dont l'actionnaire majoritaire est une filiale de la Caisse des dépôts) assume son pragmatisme : « Il s'agit de suivre les évolutions du marché. » Au mépris du choix. On souhaite bon courage au juge qui aura à trancher l'affaire, et bon appétit à ceux que le changement de viande dans le pain mou n'inquiète pas, comme ces jeunes gens croisés hier à Roubaix : « De toute façon, ça ne change pas tellement le goût... »
Il y a dans ces villes une demande qui justifie l'offre.
On est bien dans une logique de business, il n'y a pas à y revenir.