QUICK - Hamburgers halal, entre coup marketing et coup politique

Ecrit par Charlotte Chaffanjon

Le début du test date du 30 novembre dernier, et Le Parisien-Aujourd'hui en France avait révélé l'information mi-décembre, mais la polémique n'éclate qu'aujourd'hui sur la scène nationale, en pleine campagne pour les régionales. C'est Marine Le Pen qui l'a provoquée, de la même manière qu'elle avait exhumé en octobre dernier , et trois ans après la sortie, des extraits controversés d'un livre du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Cette fois, c'est à Quick que s'en prend la vice-présidente du FN. Motif de sa colère : la chaîne de restauration rapide a décidé de servir pendant plusieurs mois, dans huit de ses trois cent cinquante fast-foods de France, exclusivement des burgers conformes aux préceptes de l'islam.



Un concept inédit que Marine Le Pen a donc jugé dimanche sur Canal + "inadmissible" : "Est-il normal que tous les gens qui viennent au Quick soient obligés, par l'intermédiaire de cette viande halal, de payer une taxe aux organismes islamiques de certification ?" s'est-elle interrogée. "Que chacun soit à sa place. Il faut que les musulmans, et beaucoup le réclament, expriment leur désir de vivre leur foi personnelle dans la sphère privée, sans empiéter dans la sphère publique, c'est essentiel", a-t-elle dit. "Aujourd'hui, le gouvernement ne donne aucun signal pour aller dans ce sens, bien au contraire, il multiplie les démarches communautaristes".

Quick France se défend en assurant qu'il ne s'agit que "d'un test". "Nous avons commencé l'expérience à Toulouse. Puis dans sept autres restaurants (Marseille, Garges-lès-Gonesse, Villeurbanne, Argenteuil, Roubaix, Mantes Buchelay, ndlr). Nous testons l'intérêt commercial et la faisabilité de cette offre sur six mois. Si elle doit se pérenniser, alors seulement nous communiquerons", fait savoir la chaîne. Quick ne voulait pas médiatiser son test. Las...

Le combat du maire de Roubaix

Dans la foulée des déclarations de Marine Le Pen, le député UMP Richard Mallié a jugé dans un communiqué "scandaleux" que Quick propose exclusivement des hamburgers halal, s'insurgeant : "C'est précisément parce qu'il ne laisse pas de choix aux clients non musulmans que cette attitude est inadmissible." Avant d'ironiser : "Il n'y aura plus de bacon, ce sera dinde pour tout le monde." Le député des Bouches-du-Rhône juge en fait que, "quand on veut faire une expérience pour une partie de la clientèle, il est incohérent de prendre toute la clientèle en otage". Et de s'associer "totalement dans ce combat républicain au maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck".

Car le maire de Roubaix - située dans la région Nord-Pas-de-Calais où, justement, Marine Le Pen est candidate aux régionales de mars - s'est emparé de ce sujet avant que la polémique n'éclate. Dès samedi, il racontait à La Voix du Nord qu'il s'apprêtait "à rencontrer le gérant de Quick Roubaix pour obtenir un accord négocié à l'amiable". Il ajoutait ne pas "être opposé à ce qu'une entreprise adapte son offre à la clientèle, notamment à Roubaix, mais cela devient discriminatoire si l'exclusivité de son offre se porte sur un seul produit".

Chatel "pas fana du communautarisme"

Mercredi, La Voix du Nord a donc rapporté que René Vandierendonck a rencontré le matin même "le directeur régional de Quick France et le gérant du fast-food roubaisien". L'élu dit avoir été 'clair, mettant en avant une position de droit en leur disant 'oui' à l'offre halal, mais pas exclusive' . La Voix du Nord précise que la ville de Roubaix a pris un avocat, maître Franck Berton. "Elle a également saisi la Halde et fait remonter la position de la ville à la Caisse des dépôts et consignations (groupe public, ndlr), principal actionnaire de Quick".

Interrogé sur le sujet mercredi matin sur RTL , le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a, quant à lui, déclaré ne pas être "un fana du communautarisme". "Je respecte les traditions, y compris alimentaires, de toutes les communautés, mais je pense que la société française, son histoire, sa culture, ça n'est pas le communautarisme."