Plus de bacon chez Quick à Roubaix : la polémique
Ecrit par FLORENCE TRAULLÉ ET MATTHIEU MILLECAMPS
Viande exclusivement halal et plus de bacon, remplacé par de la dinde fumée : c'est le concept lancé par Quick dans huit enseignes dont Roubaix. Une pratique discriminatoire ?
C'est effectif depuis novembre dernier mais, la politique s'en mêlant, l'affaire a pris une ampleur inattendue en quelques jours. Le Quick roubaisien n'est pourtant pas le seul concerné. Dans sept autres enseignes également, on ne sert plus que des hamburgers fabriqués à partir de viande halal et pour ceux qui en contenaient, le bacon a été remplacé par de la viande fumée. Chez Quick, on parle d'une « expérience » qui vise à « valider l'intérêt commercial et la faisabilité technique ». Parce qu'il ne faut pas faire cohabiter sur le même grill du porc et de la viande halal ? Une explication assez lapidaire qui témoigne que chez Quick on est gêné aux entournures par l'ampleur prise par la polémique. Pascal Nys, le patron du Quick roubaisien qui, en décembre dernier, expliquait dans Nord éclair (sans que cela ne déclenche de polémique) être « très heureux de pouvoir tester quelque chose qu'on nous réclamait depuis longtemps » ne s'exprime plus le sujet et renvoie maintenant sur Quick France.
« Que Quick diversifie son offre et l'adapte en proposant des hamburgers halal me paraît judicieux et cela répond à une attente d'une partie de la clientèle, explique René Vandierendonck, le maire de Roubaix. Mais le fait qu'il ne propose pas d'autre choix aux clients non musulmans n'est pas acceptable. » D'autant que « Quick est la seule enseigne de fast-food sur la commune ». Il a décidé de saisir la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et « explore avec l'avocat de la Ville notre recours judiciaire », espérant, tout de même que « le bon sens reprenne ses droits ». Me Frank Berton, lui, prévoit de s'appuyer sur l'article 225-1-2 du Code de procédure pénale estimant que « la plainte pour discrimination est fondée » et qu'en agissant ainsi, Quick « stigmatise » la ville de Roubaix et ses habitants.
Alors que René Vandienrendonck, dès samedi, avait exprimé son désaccord avec la position commerciale de Quick, Marine Le Pen, candidate aux élections régionales dans le Nord - Pas-de-Calais, a flairé le sujet sensible. Dimanche, sur Canal+, elle déclarait que les consommateurs étaient réduits à « payer l'impôt islamique », référence au fait que la viande halal est taxée par des organismes musulmans de certification (lire ci-contre). À partir de là, c'était parti... Hier, elle est allée encore plus loin, accusant directement l'État français de « lever l'impôt islamique » car Qualium investissement qui détient la majorité du capital de Quick est la filiale de capital investissement de la Caisse des Dépôts, institution financière publique placée sous le contrôle du Parlement.
« C'est purement commercial »
Pour Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille-Sud, « cette polémique n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. Il s'agit d'une logique purement privée et commerciale : Quick a identifié un segment de marché juteux et répond simplement à une demande. Mais en France, tout ce qui touche aux musulmans et à l'islam fait polémique ». Quant à l'accusation de discrimination, portée notamment par René Vandierendonck, il la balaie d'un revers de manche : « Et lorsque le restaurant ne vendait pas de viande halal, parlait-on de discrimination ? Non. » Abdelkader Aoussedj, délégué de la Grande Mosquée de Paris dans le Nord - Pas-de-Calais, se dit surpris de voir surgir la polémique aujourd'hui. « C'est une affaire qui traîne depuis cet automne, et là, alors que nous sommes à la veille des élections régionales, on la ressort... Quick a jugé que cette option était la meilleure en termes de rentabilité. C'est une affaire purement commerciale, il faut la laisser dans ce cadre-là ! » Kamel Chibout, un des responsables de la Grande Mosquée de Paris, estime, lui, que « Quick stigmatise la communauté musulmane. C'est malheureux que Quick ne fasse plus de sandwiches au bacon. Je comprends les consommateurs qui ne sont pas musulmans et qui ne sont pas contents. Il faut que Quick soit équitable vis-à-vis de tous les consommateurs, même les non musulmans ».
De son côté, le leader du hamburger en France, McDonald's, en tant qu'« enseigne cosmopolite », « n'a pas pour projet de se mettre à développer une gamme de produits confessionnels »