Les burgers halal : peut-on manger de tout partout ?
Ecrit par NICOLAS FAUCON
Depuis quelques mois, Quick ne vend que des hamburgers halal dans 8 de ses 362 restaurants français. L'expérimentation, prévue pour durer six mois,a débuté le 27 novembre à Roubaix.
L'objectif pour Quick ? « Valider l'intérêt commercial et la faisabilité technique » d'une offre halal, marché en plein essor en France puisque évalué à près de 4 Mds d'euros, selon deux études récentes.
Pas un hasard si la chaîne a choisi Argenteuil, Villeurbanne, Marseille ou Roubaix, villes à forte population musulmane, pour tester son coup marketing.
Dans ces fast-foods, le bacon est remplacé par de la dinde fumée, et le boeuf est certifié halal, c'est-à-dire tué dans les règles par un sacrificateur agrée.
René Vandierendonck, le maire PS de Roubaix, apprend-il en fin de semaine dernière que ses administrés ne peuvent manger de cochon dans le Quick de sa ville que la moutarde lui monte au nez. Pas gêné « qu'il y ait une offre halal », l'élu juge que « ça va trop loin quand on ne propose plus que cela, cela devient discriminatoire (...) ». Résultat, Me Frank Berton a déposé jeudi sa plainte contre Quick pour discrimination au palais de justice de Lille. Et le parquet de Lille a ouvert une enquête préliminaire dès le lendemain. À la veille des élections régionales, dans le contexte des débats sur l'identité nationale, la polémique devient nationale, alimentée par les successives déclarations de politiques (nos éditions précédentes).
À Roubaix, le fameux restaurant ne se distingue des autres établissements de l'enseigne que par deux petits écriteaux à l'entrée. Ils signalent que « le Burger Strong Bacon n'est pas disponible » et que « les viandes proposées sont certifiées halal ».
Chérifa sort du fast-food, un cheeseburger halal emballé. Elle se dit « choquée » par le choix de l'enseigne et partage le courroux de M. Vandierendonck. « C'est sectaire, car ça pénalise les Français qui ne mangent pas halal. Il y a des gens qui deviennent fachos à cause de ça. »
Stigmatisation
Beaucoup ignorent tout de l'affaire et découvrent avoir mangé halal. « Je n'ai pas fait attention aux affichettes, non.
J'ai pris un menu Giant (à base de boeuf). C'était halal ? Ah bon... Je n'ai pas vu la différence avec une viande normale », s'étonne Jean-Vincent, étudiant de 23 ans qui trouverait « plus logique » de pouvoir continuer à commander du porc. Remontée, cette jeune femme d'origine maghrébine fustige tout de go le caractère islamophobe de cette agitation : « Il y a des restos chinois et ça ne cause pas de problème ! Encore une fois, après le port de la burqa, on stigmatise la religion musulmane.
Ils ont décidé de faire cela à Roubaix simplement parce qu'ils savent que ça marchera, c'est tout. » Un choix commercial. Voilà à quoi se résume cette histoire pour Abdelkader Aoussedj, délégué de la Grande Mosquée de Paris dans la région, lequel se dit également « déçu » mais « pas surpris » que cet acharnement survienne en pleine campagne électorale. « Les musulmans n'ont en aucun cas mis la pression pour avoir des produits halal. La chaîne Quick a proposé cela car elle a étudié les attentes de ses clients et la rentabilité (le chiffre d'affaires du magasin roubaisien aurait augmenté depuis décembre de 30 %) » Et de conclure par une pique adressée aux mêmes politiques : « Lors des prochaines élections, ne vont-ils pas exiger du boucher musulman de vendre du porc ? » Dans certaines mosquées, on digère mal qu'on fasse tout un plat des burgers halal. « J'étais content car ça correspondait à une attente des jeunes, indique Omar Beghmam, président de l'association Dawa à Roubaix, mais quand je vois la réaction du maire, je me dis que cette petite fenêtre ouverte vient d'être refermée. La discrimination, c'est quand il n'y avait pas de restauration rapide halal qu'elle existait.
» Où s'arrête la liberté du commerce et où commence la discrimination ?