Témoins de Jéhovah, elle avait été transfusée contre son gré

Le tribunal administratif de Lille crée une jurisprudence en donnant raison à une toute jeune mère du valenciennois

Que fallait-il faire vendredi 23 août au service de réanimation de valenciennes, face à une jeune parturiente souffrant d'une grave hémorragie, «mettant en danger sa vie», selon le Dr jean-luc Chagnon, chef de service ?

La jeune femme vient d'accoucher dans une clinique privée. Dès son transfert au centre hospitalier de Valenciennes, le jeudi, la nouvelle mère présente toutes les indications d'une transfusion sanguine. Elle la refuse en vertu de ses croyances religieuses : elle est témoin de jéhovah. Le corps médical tente de la convaincre, ainsi que son époux. Mais rien n'y fait. Le couple va même jusqu'à contacter l'avocat lillois Franck Berton. «Ma cliente a signée une décharge à l'hôpital», insiste le défenseur, qui ne comprend pas pourquoi les médecins ont délibérément enfreint la nouvelle loi Kouchner de mars 2002. Le texte stipule l'inviolabilité du corps du patient et fait obligation aux médecins de convaincre le malade de la nécessité de tel ou tel traitement. «Et non de faire pression sur lui», crie le défenseur .

Du côté de l'hôpital de Valenciennes, Philippe Jahan, le directeur général et le docteur Albert Verier, président de la commission médicale de l'établissement, s'entendent pour confirmer que la décision prise de transfuser cette patiente contre son gré l'a été de façon collégiale et après des heures de réflexion.

En effet, tout en voulant préserver le secret médical, le chef de service réanimation indique qu'afin de respecter l'attente de la famille, tous les moyens hors transfusion avaient été mis en ouvre au cours des 24 heures qui ont suivi son admission. «Il n'était pas question pour nous d'aller contre leur volonté» insiste le Dr Chagnon.

Me Berton semble bien moins convaincu, lui qui affirme que sa cliente a été victime de pressions face auxquelles elle n'a pas cédé : «Ma cliente a toujours été consciente, sauf lorsqu'on l'a endormie pour la transfuser» (.)

En attendant d'éventuelles autres poursuites, le tribunal administratif de Lille a déjà donné raison à la jeune mère, dans le cadre d'une procédure accéléré (requête en référé). Il interdisait à l'hôpital, dès le dimanche 25 aoùt, d'effectuer de nouvelles transfusions sur la jeune témoin de Jéhovah. Or, cette décision est la première du genre depuis la promulgation de la loi Kouchner et elle fait donc d'ores et déjà jurisprudence. Le centre hospitalier de Valenciennes a décidé de faire appel de la décision du tribunal administratif et espère une expertise pour démontrer sa bonne foi. En attendant l'enfant et surtout la mère se portent bien.