Primauté à la volonté du malade

Un tribunal a donné raison à une patiente, témoins de Jéhovah, transfusée contre son gré. L'hôpital affirme que la transfusion était l'unique chance de la sauver

Un médecin doit-il essayer de sauver contre son gré un patient qui refuse d'être soigné ? cette délicate question est au centre d'une affaire qui s'est déroulée à la fin du mois d'août au centre hospitalier de Valenciennes. Dans une ordonnance datée du 25 août, le tribunal administratif de Lille a fait injonction à l'hôpital de ne plus " procéder à l'administration forcée de transfusion sanguine " contre le gré et à l'insu d'une patiente témoin de Jéhovah, qui venait d'accoucher . Le centre hospitalier de Valenciennes qui a fait appel de cette décision, affirme, pour sa part que la vie de la jeune femme était en jeu.

L'affaire avait découlé trois jours plus tôt, le 22 août. Une jeune femme de 24 ans qui vient d'accoucher dans une clinique périphérique, est alors transférée au service de réanimation du centre hospitalier de valenciennes en raison de complications liées à son accouchement. Rapidement, elle informelles médecins de son opposition à toute transfusion en raison de son appartenance aux témoins de Jéhovah. Elle signe même une décharge écrite afin de dégager l'hôpital et les médecins de toute responsabilité ultérieure. " En dépit de son refus clairement exprimé, les médecins n'ont cesse de faire pression sur elle pour la transfuser coute que coute. Au bout de deux jours, ils ont fini par l'endormir sans l'en avoir informé et ont procédé à la transfusion " raconte son avocat Me Franck Berton.

Une atteinte grave et illégale aux libertés fondamentales
Saisi par ce dernier, le tribunal administratif rend dès le lendemain une ordonnance dans laquelle il demande à l'hôpital de cesser toute transfusion . L'ordonnance affirme qu'il n'est pas établi que le refus de respecter la volonté de la patiente ait été rendu nécessaire " du fait d'un danger immédiat pour sa vie ". En conséquence le tribunal affirme que le fait de ne pas avoir respecté la volonté de MME X, personne majeure, " constitue une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales ".

L'hôpital affirme que la transfusion a été pratiquée en " dernier recours "parce qu'elle constituait " l'unique chance " pour la jeune maman d'être sauvée. Son avocat conteste cette version en affirmant que sa cliente qui est aujourd'hui sortie de l'hôpital avec son bébé n'a jamais été informée clairement de l'urgence de la situation pas plus que le tribunal.