La justice ordonne l'arrêt d'une transfusion

C'est une décision de justicequi pourrait faire jurisprudence. Le tribunal administratif de Lille a donné raison à une jeune femme témoin de Jéhovah qui était transfusée contre son gré. Un jugement en contradiction avec l'arrêt du Conseil d'Etat rendu en octobre 2001, qui considérait dans une affaire similaire que des médecins n'avaient pas fauté en transfusant en urgence un témoin de Jéhovah.

Le jeudi 21 août, Carole, 24 ans, originaire de Saint-Amand (Nord), qui est sur le point de donner naissance à un enfant , est admise dans une maternité située à côté de Valenciennes. Après l'accouchement, la patiente est victime d'une hémorragie. Les médecins décident de la transférer au centre de réanimation de l'hôpital de Valenciennes. "le bébé est sauvé, mais l'état de santé de sa maman était jugé grave. Il n'y avit pas d'autre alternative thérapeutique", raconte Philippe Jahan, directeur du centre hospitalier Hôtel-Dieu de Valenciennes. Carole est donc transfusée. Membre des témoins de jéhovah, la jeune femme refuse de recevoir du sang par injection. Les urgentistes ne tiennent pas compte de sa demande.

Droit du malade contre éthique médicale
Dimanche 24 août, Franck Berton, l'avocat de Carole, toujours hospitalisée à valenciennes, demande l'interruption de la transfusion devant le tribunal administratif de Lille en référé (une procédure d'urgence). Fait inédit, le juge exige que l'hôpital arrête l'administration de la transfusion sanguine effectuée contre le gré de la patiente et de sa famille. Pour obtenir gain de cause, Franck Berton s'est appuyé sur la loi Kouchner votée cette année. "Aucun acte ne peut être pratiqué sans le consentement libre du patient s'il est en état de manifester. Il doit être informé auparavant des conséquences éventuelles de son refus", remarque l'avocat lillois.

Droit du malade contre éthique médicale : l'administration hospitalière se retrouve face à un épineux casse-tête. "Cette nouvelle loi me paraît bonne mais elle porte un principe contradictoire. Est-ce que l'on peut laisser mourir quelqu'un parce que l'on respecte sa volonté ? ", s'interroge Albert Vérier, président de la commission médicale de l'hôpital de Valenciennes.

Carole est ressortie cette semaine en pleine forme avec son enfant. Sa victoire remportée devant la justice risque d'ouvrir une brèche pour tous les malades qui contestent les choix thérapeutiques de leurs médecins.