Yamine Ladghem, un jeune Roubaisien face à la justice criminelle londonienne
Ecrit par Eric Dussart
La vie de Yamine Ladghem a basculé un foutu soir de juillet 2009, dans un faubourg un peu sale de Londres.
Il vivait là-bas - « de petits boulots », dit-il sans vouloir s'étendre - depuis qu'il avait quitté Roubaix, quelques mois plus tôt. Yamine, c'est un jeune type de 23 ans, le regard franc et les épaules solides, qui n'a jamais vraiment fait parler de lui avant ce jour de juillet. Au contraire, à Roubaix, il a laissé derrière lui une famille méritante, avec une maman aimante dont la seule évocation lui fait parfois monter les larmes aux yeux.
Mais aujourd'hui, il est dans un sacré pétrin.
Ce 9 juillet maudit, il a tué un homme. Il ne le nie pas : c'est lui qui a donné le coup de couteau fatal à John Duncan McRae, 55 ans, un gars au bout du rouleau, un peu dealer, un peu paumé. Mais il a sa version des faits : « Je sonnais à la porte d'un ami quand il est arrivé derrière moi, son couteau à la main. Il m'a menacé, il y a eu une bagarre, mais j'étais plus jeune et plus fort que lui. Dans le corps-à-corps, il a pris un coup de couteau. Alors, alerté par le bruit, mon ami est sorti. Il m'a dit de me sauver et j'ai paniqué... » C'est le début de sa cavale. Elle durera huit mois.
Le 4 mars 2010, au bout du rouleau à son tour, il se présente chez Me Frank Berton. Ladghem sait qu'un mandat d'arrêt international est lancé contre lui et ne supporte plus de vivre caché. « C'est trop lourd... » Alors, son avocat lui conseille évidemment de se rendre et, ce jour-là, ils sonnent ensemble à la porte de la police judiciaire de Lille.
Depuis, Ladghem est détenu à Londres. Et lundi, soit au terme de six mois seulement d'instruction (il en aurait fallu trois fois plus en France), c'est le début de son procès.
Légitime défense ?
Au début, il avait été envisagé d'accepter la fameuse procédure du plaider-coupable, afin de négocier une peine. Mais aujourd'hui, il n'en est plus question : « Avec les avocats anglais, nous avons la certitude que son dossier est suffisamment solide pour que la légitime défense soit reconnue, dit Me Berton. Alors, il serait acquitté, c'est ce que nous souhaitons. Après tout, il n'a jamais été condamné, n'est pas défavorablement connu... » Mais pour l'accusation, Ladghem a tué de sang-froid. Voilà la version qu'il faut combattre...