Le verdict et la colère aux assises du Pas-de-Calais
La cour d'assises du Pas-de-Calais a acquitté une accusée, et condamné les six autres à deux ans fermes pour «pour corruption de mineurs et violences». Furieux, leurs avocats vont faire appel. Les avocats de six accusés condamnés vendredi par la cour d'assises du Pas-de-Calais à deux ans d'emprisonnement pour la corruption de leurs propres enfants ont dénoncé un verdict injuste destiné à «sauver la maison justice».
Six des sept accusés de la seconde affaire de pédophilie d'Outreau ont en effet été condamnés à deux ans de prison vendredi par la cour d'assises du Pas-de-Calais pour corruption de mineurs et violences. La septième accusée a été acquittée. La cour a abandonné totalement les charges de viols et d'agressions sexuelles à l'encontre de tous les accusés. Elle s'est retirée ce vendredi matin peu avant 9h30 pour délibérer dans le procès de sept adultes d'une même famille accusés de viols et d'agressions sexuelles sur dix enfants à Outreau et au Portel entre 1994 et 2001.
«C'est une décision totalement inique qui n'a aucun sens au regard de ce qui s'est déroulé en trois semaines d'audience. C'est un mode de vie qu'on condamne», s'est exclamé Me Hervé Corbanesi, avocat de Fabienne V., l'une des condamnés. La cour d'assises s'est «repliée sur une qualification fourre-tout sur laquelle rien n'était fondé», a-t-il ajouté, précisant que les condamnations pour avoir sciemment exposé leurs enfants à des images sexuelles ou pornographiques n'étaient «pas circonstanciées dans le temps et dans l'espace».
«C'est une opération de sauvetage: il fallait sauver la maison justice à n'importe quelle condition, a pour sa part dénoncé Me Jérôme Crépin, avocat de Sylvain D., compagnon de Fabienne. Il n'y a aucun élément circonstancié et on arrive à les déclarer tous coupables. C'est la même malédiction que celle du premier dossier (d'Outreau, ndlr), le combat continue.»
«Il fallait sauver le bateau, ils l'ont sauvé. On fait un geste en acquittant la grand-mère, l'honneur est sauf», a ironisé Me Djamila Berriah, avocate de Didier D. Pour l'avocat des enfants parties civiles, Me Marc Pantaloni, «c'est un jugement assez peu justifiable, assez peu compréhensible. C'est un ovni judiciaire». Les avocats des six condamnés, furieux du verdict, ont annoncé leur intention de faire appel.
Mardi, l'accusation avait demandé une peine de prison avec sursis et six peines de prison ferme allant de trois à huit ans. La défense avait plaidé un acquittement général, estimant que la cour ne pouvait pas fonder une condamnation sur des déclarations d'enfants, qui sont les seuls éléments à charge.
Six des sept accusés ont déjà purgé entre 32 et 34 mois de détention provisoire pendant l'enquête, entre 2001 et 2004.