À Saint-Omer, un nouveau verdict qui ébranle la justice
La condamnation de six des sept accusés de l'autre affaire d'Outreau, vendredi dernier, a une nouvelle fois suscité incompréhension et colère vis-à-vis de l'institution.
Un verdict incompréhensible dans un procès d'abus sexuels sur mineurs à la cour d'assises du Pas-de-Calais. L'épilogue a un air de déjà-vu. Mais la force de l'habitude n'a pas abîmé le sentiment de colère qui flottait, vendredi dernier, dans la salle des pas perdus du tribunal de Saint-Omer. On se remémorait le 2 juillet 2004, au même endroit, alors que six condamnations tombaient dans l'affaire du prétendu réseau pédophile d'Outreau. Les défenseurs, dont certains ont participé à ces deux opus judiciaires, ne s'y sont pas trompés, invoquant le scandale judiciaire du premier pour fustiger le second. « On a perdu une occasion unique et extraordinaire d'en finir avec les errements de la justice au lendemain de la commission Outreau », lâche ainsi Me Hubert Delarue, conseil de Madeleine V.
Sa cliente, comme ses deux soeurs, Fabienne et Fernande, ainsi que leurs compagnons, les frères D., ont écopé de deux ans de prison ferme pour corruption de mineurs. La mère des accusées, Renée, soixante et onze ans, a été acquittée. Des accusations dignes du tribunal correctionnel. Mais voilà, en amont de cette affaire qui a débuté en février 2001, on trouve cinq années d'instruction pour un dossier qui recensait 35 viols, 46 agressions sexuelles sur dix des enfants. On trouve également près de trois années de détention préventive pour chacun des condamnés. Seule Renée, eu égard à ses soixante-huit ans d'alors, avait échappé aux geôles, comme elle échappe aujourd'hui à la peine. « Ce qui est loin d'être une coïncidence, souligne Me Frank Berton. On nous a fait un tarif de groupe. C'est une justice de classe. »