Wervicq, suite aux deux interpellations de la DST. Une double plainte déposée par l’avocat
Ecrit par A.D.S.
Franck Berton, l’avocat du père de famille wervicquois et de son fils interpellés le 26 juillet par les agents de Direction de la Surveillance du Territoire et le GIPN, a déposé plainte contre la DST. L’avocat lillois veut que lumière soit faite sur les responsabilités de ce dérapage.
Une double plainte pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel contre la DST et contre X a été déposée par Maître Berton auprès du doyen des juges d’instruction de Lille, hier, suite aux deux interpellations spectaculaires menées le 26 juillet dernier à l’heure du laitier dans un pavillon tranquille de Wervicq-Sud. Un commando du GIPN et des agents parisiens de la Direction de la Surveillance du Territoire avaient fait irruption dans la maisonnée encore endormie, et interpellé Mohamed Adachour, un père de famille marocain âgé de 56 ans, ouvrier dans le textile, et son fils aîné, Ahmed, 20 ans, équipier chez MacDo, pour des vérifications dans le cadre de l’enquête sur les attentas de Madrid, le tout sous l’œil de France 2 et de l’AFP, prévenus la veille par une source parisienne. Les deux hommes avaient été relâchés trois jours plus tard, en catimini ; Aucune charge n’était retenue contre eux. La famille n’avait rien à se reprocher.
« Je veux savoir qui au ministère de l’Intérieur a prévenu les médias. Est-ce que Nicolas Sarkozy, qui rendait visite à la DST le ledemain, était au courant de cette opération ? Et si oui, est-ce qu’il avait connaissance de la présence de l’AFP et de France 2 ? Est-ce que oui ou non tout cela a été orchestré ? », interroge le défenseur.
Retrouver l’honneur perdu
La double plainte est déposée contre le directeur de la DST Pierre de Bousquet de Florian et contre X : « il y a violation du secret de l’instruction car la DST agissait sur une commission rogatoire du juge Bruguière, les fonctionnaires de police n’avaient donc pas à révéler une information à caractère secret. De la même manière, il y a violation du secret professionnel, conformément au code pénal, les policiers sont tenus à la plus grande confidentialité ». Pour l’avocat lillois, la logique voudrait que le juge chargé du dossier entende les journalistes de France 2 et de l’AFP pour, dit-il, « connaître les sources et établir les responsabilités individuelles de ce dérapage. On ne s’en prend pas à des braves gens qui ne sont ni de près, ni de loin liés aux attentats de Madrid pour faire une opération de communication ».
Et d’indiquer qu’en vertu du code pénal les indiscrétions faites dans le cadre de dossiers secret défense sont passibles de peines d’emprisonnement et d’amende allant jusqu’à 15.000 €.
Une enquête interne sera-t-elle menée au ministère de l’Intérieur ? Nul ne le sait. Silence radio place Beauvau où les services concernés n’ont jamais répondu aux sollicitations de la presse. « Aucune excuse n’ a été présentée à la famille », s’indiqne l’avocat. Cette famille franco-marocaine, composée de six enfants âgés de 12 à 21 ans, installée à Wervicq depuis 20 ans, souhaite que son innocence soit reconnue publiquement. Le père de famille est toujours très éprouvé : « Je ne pardonnerai jamais ce qu’ils m’ont fait. J’ai travaillé toute ma vie pour le bien-être de ma famille. Nous menons une existence simple et normale, pourquoi s’en prendre à nous de cette façon ? Je ne me fais pas de souci pour moi mais beaucoup pour mes enfants », livre-t-il.
Ahmed, le fils, secoué par la pression psychologique des interrogatoires s’est résolu à consulter un psychologue : « J’ai peur, toujours peur. Au moindre bruit, je me réveille la nuit. Les gens qui ne nous connaissent pas pensent que nous sommes vraiment des terroristes. Tout ça ne s’effacera jamais. Ma couleur de peau fera toujours de moi un suspect », soupire-t-il. Brisé dans l’élan de ses 20 ans, Ahmed est hanté par les brimades et les sous-entendus dont il dit avoir été l’objet durant la garde à vue. « On ne peut rien vérifier à ce niveau puisque dans ce genre de dossier, nous n’avons pas accès aux procès verbaux d’audition », explique l’avocat.
Le nombreuses mains tendues ici et là sont un appui précieux. Mais au delà du réconfort, chacun aspire à retrouver l’honneur perdu de la famille, et le droit d’avancer droit comme des i.