Wervicq : le patron de la DST entendu

Ecrit par Vincent Vantighem
Dans l’affaire Adachour, un juge d’instruction lillois a entendu le patron de la DST et deux journaliste. Insuffisant pour l’avocat de la famille qui demande l’audition de tous les policiers si nécessaire.
Le 26 juillet 2005, quelques jours après les attentas de Londres, un cortége de voitures immatriculées 75 se dirige vers Wervicq-Sud. Les agents de l’antiterrorisme font irruption au domicile d’une famille franco-marocaine sans histoire. Le père Mohamed Adachour, 56 ans, et son fils de 20 ans sont emmenés sans ménagement par un commando surarmé. L’opération est filmée par un journaliste de France2 et un autre de l’AFP.

Les médias nationaux claironnent alors que des interpellations, liées au terrorisme international, ont été opérées. Mais les journalistes de la presse régionale expliquent que ces arrestations sont pour le moins surprenantes. Mohamed Adachour, ouvrier textile, et son fils, Ahmed, équipier chez McDo, mènent une existence tranquille.

Trois jours d’interrogatoire
Quelques jours plus tard, l’affaire se dégonfle. La famille aurait attiré l’attention de la direction de la surveillance et du territoire (DST) en raison d’un séjour chez un oncle en Espagne- effectué en Mars 2005, un an jour pour jour après les attentas de Madrid- et de plusieurs communications téléphoniques vers ce pays. Il est aussi question d’un individu- un lointain cousin soi-disant introuvable depuis les explosions dans les trains à Madrid- que la famille aurait croisé lors d’un mariage au Maroc… cinq ans plus tôt. Mais après trois jours d’interrogatoire, le père et le fils sont mis hors de cause.

Prévenu huit jours avant
« C’est un sarko-show », dénonce immédiatement M.Frank Berton, l’avocat de la famille. Et d’ajouter, à l’époque ; « Que l’on fasse des vérifications et qu’on prenne des précautions, d’accord. Mais qu’une partie des médias soit avertie, pas d’accord ! On a cloué au pilori mes clients, remis en liberté sans aucune mise en examen ! » Une plainte est déposée, visant le directeur de la DST. Jacques Huard, doyen des juges d’instruction à Lille, est saisi du dossier. Voici quinze jours, les deux journalistes de France 2 et de l’AFP ont été entendus par le magistrat lillois. La semaine dernière, c’était le tour de Pierre Bousquet de Florian, le patron de la DST. Qu’en ressort-il ? Sans surprise, les deux journalistes ont invoqué le secret des sources. L’un croit se rappeler avoir été averti huit jours avant l’opération policière importante à Wervicq. Philippe Lemaire, le procureur de Lille, a toujours dit qu’il ignorait cette opération.
Quant au responsable de la DST ? il explique qu’une trentaine de personnes, essentiellement à Paris et peut-être le directeur de la Sécurité publique du Nord à Lille, étaient au courant. « Je me porte garant de mes hommes et de la DST. De toute façon, une telle publicité ne peut que déstabiliser notre opération » a-t-il déclaré en substance. M.Frank Berton confirme et ajoute : » Sommes-nous victimes d’une guerre des polices ? Quelqu’un avait-il intérêt à faire « fuiter » l’affaire ? »

Reste à savoir si les investigations vont continuer ou si la justice va laisser tomber. Le magistrat chargé de l’enquête a formulé un avis de clôture de l’instruction, mais l’avocat de la famille ne veut pas en rester là.

« Ce n’est pas parce que le directeur de la DST dit qu’il a confiance en ses hommes que cela va suffire. C’est un peu facile. Cette opération a bien été organisée huit jours avant, la fuite vient bien d’une source officielle. On sous-entend aujourd’hui qu’elle viendrait de quelqu’un qui voulait portait un coup à la DST. Alors cherchons ! Je veux savoir qui a prévenu les journalistes. Je vais demander au juge d’entendre tous les policiers parisiens et lillois qui avaient connaissance de cette opération », explique M.Frank Berton qui s’étonne qu’aucune enquête interne à la DST n’ait été diligentée.

De son côté, la famille Adachour se dit profondément déçue des explications du patron de la DST : « Si ce n’est pas un coup médiatique orchestré par le ministère de l’Intérieur, mais une guerre des polices, notre famille n’avait pas à en faire les frais. Selon nous, de hauts représentants de l’Etat cherchent à étouffer cette affaire. Mais nous voulons la vérité. »