Trois jours de garde à vue pour rien ?
Ecrit par Robert LEFEBVRE
L’heure du soulagement a sonné. Hier matin, Mohamed et Ahmed Adahchour, les deux Wervicquois interpellés en début de semaine par le contre-espionnage français ont retrouvés leurs proches. Les deux hommes ont été remis en liberté à l’issue de trois jours de garde à vue, soit une journée avant la limite des 96 heures autorisées par le code de procédure pénale en matière de terrorisme.
Trois longues journées au cours desquelles les services de la Direction de la surveillance du territoire (DST) les ont entendus, cherchant à comprendre les motivations des différents voyages effectués par la famille à Madrid et en Belgique, mais aussi celles des communications passées à un oncle installé dans la capitale espagnole. Des éléments qui avaient suscité la curiosité des enquêteurs.
Marques de sympathie
Mais ces derniers, venus spécialement de Paris, n’ont visiblement pu établir aucun lien entre les deux hommes et les attentats de Madrid de mars 2004, auxquels ils étaient soupçonnés d’avoir participé.
Dès l’interpellation musclée de mardi matin, qui avait mobilisé un impressionnant dispositif policier, nombreux étaient ceux qui avaient exprimé leur stupeur à l’annonce de la mise en cause des deux hommes. Deux hommes installés dans la région depuis plus de vingt ans et qui n’ont jamais causé aucun problème. Ni les services de police locaux n’avaient d’ailleurs eu affaire à eux auparavant.
Hier matin, au domicile familial, nombreux étaient les proches venus retrouver les deux hommes enfin libres pour leur exprimer une marque de sympathie. Un proche du jeune Ahmed, traversant l’allée des Acacias en voiture, laissait éclater sa joie en criant le poing levé : « innocents ! »
« Nous attendons des excuses »
Et aux yeux de l’avocat de la famille, Franck Berton, c’est bel et bien la présomption d’innocence qui a été bafouée dans cette affaire : « Ce qui s’est passé n’est pas anodin. La police peut faire son travail. Mais j’aimerais bien savoir depuis quand, en matière de terrorisme, on interpelles des gens sous les yeux d’une agence de presse et d’une chaîne de télévision nationale, alors que trois jours après, ces braves gens sont libérés parce qu’on a rien à leur reprocher.
On leur a infligé trois jours de garde à vue épuisants au cours desquels ils n’ont presque pas dormi. Pourquoi ? Tout ça pour rien ! Nous attendons des excuse. Hors caméra, la police peut faire son travail. Mais dans cette affaire, on a porté atteinte à l’honneur et à la dignité de ces gens. Je veux savoir qui a prévenu les médias. La DST dépend du ministère de l’Intérieur. J’irai jusqu’à interpeller le ministre à ce sujet. Il y a eu viol du secret professionnel. Dès lundi, je rencontre la famille et nous entamerons des procédures judiciaires. Si les excuses doivent passer par un tribunal, nous en passerons par là. »
En attendant une contre-attaque judiciaire, la famille Adahchour, épuisée mais soulagée, n’aspire plus qu’à retrouver sa tranquillité passée, avec un nom désormais lavé de tout soupçon.