Six mois après l'operation musclee de la DST à Wervicq. Ils sont enfin ecoutes par la justice
Ecrit par Angélique Da Silva (avec Didier Specq)
Interpellés à leur domicile sous le nez des caméras en juillet par les agents du contre-terrorisme, M. Adahchour et son fils ont été reçus hier par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, qui enquête sur cette opération. Le directeur de la DST devrait également être entendu.
Ils mettaient pour la première fois les pieds dans le palais de justice. Droits dans leurs bottes mais les cœurs serrés. Mohamed Adahchour et son fils Ahmed ont été reçus hier après-midi par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, figure de la magistrature lilloise. Une rencontre qui fait suite à la plainte déposée en août, via leur avocat Maître Berton, contre la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel. Une démarche rare.
Le 26 juillet dernier à l’aube, les policiers surarmés du GIPN et les agents secrets avaient fait irruption au domicile de cette famille franco-marocaine, mis la maison sens dessus dessous, avant d’emmener le père de famille, employé dans le textile, et son fils aîné âgé de 20 ans, équipier chez Mac Do. Motif : des vérifications dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid.
Les agents du contre-terrorisme agissaient dans le cadre d’une commission rogatoire du juge Bruguières, strictement confidentielle. Or, l’arrestation s’est déroulée en présence de France 2 et de l’AFP. Une présence que l’avocat de la famille a ouvertement dénoncée comme une orchestration , un « Sarko-show » selon ses termes. Le père et son fils avaient été relâchés après trois jours de garde à vue, en catimini, et mis hors de cause. L’affaire avait suscité beaucoup d’émotion à Wervicq où la famille est unanimement appréciée.
Hier, accompagnés de leur avocat, Mohamed Adahchour et son fils se sont entretenus avec le juge d’instruction pendant deux heures sur les circonstances de leur interpellation.
« Il s’est montré très attentif. Il nous a interrogés très attentif. Il nous a interrogés sur les circonstances de l’interpellation, sur la garde à vue, la présence des caméras et la vidéo amateur qui est passée sur TF1… On lui a aussi parlé de notre famille qui vit au Maroc, en Espagne, et aux Pays-Bas, parce que ce sont nos coups de téléphone qui semblaient intriguer les policiers », explique le fils. Le patriarche poursuit : »Je lui ai dit ma peine de voir ainsi ma famille perdre son honneur ».
Hier soir, de retour chez elle, la famille s’est retrouvée plus que jamais soudée, avec le sentiment que la justice l’écoute enfin. Mais les blessures sont encore vives.
« J’ai le sentiment aujourd’hui qu’un musulman pratiquant est forcément perçu comme un terroriste. C’est triste. Nous sommes des êtres humains faits pour vivre ensemble et être respectés quelle que soit notre religion », exprime M.Adahchour. A Meriem, l’une des filles, d’exprimer ce sentiment d’union avec les victimes du procès d’Outreau : « C’est difficile à expliquer mais on se sent proche de ces gens. Je pleure quand je pense à leur calvaire ».
Le juge d’instruction doit s’attacher à faire la lumière sur certaines indiscrétions.
« La fuite a soit été organisée au ministère de l’Intérieur, soit elle émane d’un agent de la DST. C’est une faute inexcusable », déplore Maître Berton. Selon lui, le directeur de la DST, Pierre de Bousquet de Florian, sera fatalement entendu. Va-t-on vers une mise en examen dans cette présumée violation du secret de l’instruction.