Hors de cause : La fin d’un cauchemar
Ecrit par A.D.S.
Il essuie dans le creux de sa main les larmes qui perlent sur son visage. Laminé.Il voudrait les retenir au fond de son cœur , par pudeur. Mohamed, 56 ans, a retrouvé l’amour des siens et la simplicité de son foyer. Il faudra du temps, beaucoup de temps, pour panser les blessures de cet homme atteint au plus profond de sa dignité.
« J’ai mal », livre-t-il. Et les mots s’entrechoquent : « Je suis arrivé en France à 22 ans, je n’ai jamais cessé de travailler, j’ai fondé une famille en essayant de lui apporter tout ce qu’il faut. Je n’ai jamais fait de mal à personne…Ni mes enfants. Nous payons pour les méchants », soupire le père de famille.
Dans son corps tout frêle, Ahmed, 20 ans, est anéanti. Assis sur la banquette du salon, il revit chaque seconde de son interpellation et de sa garde à vue : « Ils avaient des lasers quand ils sont entrés dans les chambres et nous aveuglaient. Ils m’ont menotté et ils criaient. J’avais tellement peur pour mon père. »
Douloureuse épreuve que celle de la garde à vue pour les deux hommes. Trois jours au goût d’éternité. Ahmed et son père décrivent une pression psychologique constante : « Un jour, on m’a interrogé douze heures d’affilée. On me demandait pourquoi je faisais de la boxe thaï, si j’avais fait un voyage en Afghanistan, pourquoi je n’étais pas rasé…Je n’ai quasiment pas dormi pendant trois jours. Impossible de trouver le sommeil sur cette banquette en ciment. On nous interrogeait le jour et la nuit. (…)
Ils n’y sont pas allés de main morte. Par moments, on me demande de rester très longtemps debout pour parler alors que j’étais épuisé. Ils me mettaient constamment la pression. Par moments, c’était si fort que j’aurais pu avouer n’importe quoi », explique Ahmed.
S’agissant de contre-terrorisme, on imagine que les méthodes employées par les enquêteurs sont sévères, mais jusqu’où peuvent-elles aller ? Ni la DST, ni les ministères de l’Intérieur et de la Justice n’ont donné suite à nos demandes. Secret défense oblige…
Rencontre avec le juge Bruguières
La rencontre avec le juge Bruguières est intervenue mercredi : « je l’ai vu cinq minutes, c’es tout. Il m’a dit des choses très dures : que la prison au Maroc, ce serait pire qu’ici, et que je ne tiendrai pas longtemps avec mon cœur. Ça fait mal. Je l’ai écouté et je lui ai dit : « Vous ne me ferez pas avouer quelque chose que je n’ai pas fait ! » Il est reparti ensuite » , évoque le père en faisant part d’autres réflexions qui auraient émaillé sa garde à vue. Des réflexions allant, semble-t-il, au delà des limites. L’entretien avec le fils Ahmed aurait duré une demi-heure selon lui : « Il prétendait que j’étais en contact avec Mohamed B. ; que mes parents l’avaient hébergé, c’est faux. »
Rencontré lors d’un mariage au Maroc en 2000
Le lien avec la famille de Wervicq ? Les enquêteurs ont découvert que ce Mohamed B. avait assisté au mariage d’un oncle de la famille en août 2000 auquel toute la famille wervicquoise était conviée. « Nous avons vu ce garçon une seule fois dans notre vie, à ce mariage », révèle le père. Une rencontre qui, cinq ans plus tard, fait sombrer la famille dans un cauchemar sans nom. (…)
« Que la police fasse son travail, c’est tout à fait normal : le terrorisme c’est quelque chose de très grave. Mais pas en salissant notre famille de cette façon », regrette Mohamed.
La famille voudrait au plus vite oublier ce cauchemar. Les visites des amis, des voisins, des collègues de travail, du médecin de famille et de simples anonymes sont un réconfort précieux.
Une quête a été organisée par les mosquées de Comines et d’Halluin ainsi que dans le voisinage.
Dans la famille voudrait au plus vite oublier ce cauchemar. Les visites des amis, des voisins, des collègues de travail, du médecin de famille et de simples anonymes sont un réconfort précieux. Une quête a été organisée par les mosquée de Comines et d’Halluin ainsi que dans le voisinage.
Dans la famille, chacun aspire à retrouver une vie normale. En attendant, on rapprivoise les gestes du quotidien. Ahmed espère pouvoir retrouver son travail au fast-food lundi… Plus tard, fonder un foyer avec sa « perle rare », comme il dit. Oublier. Et faire briller dans l’automne pailleté du regard paternel la fierté toute pure de celui qui n’a jamais, une seule seconde, doute de son fils.