Poignante audience, hier après-midi, au tribunal de Boulogne-sur-Mer

Odile Marécaux retrouve ses enfants
Comme si rien ne s'était passé, la justice continue de se hâter le plus lentement possible, un mois et demi après avoir prononcé sept acquittements à Saint-Omer.

Sept personnes ont donc été rétablies dans leur condition de citoyen, mais aucune de celles qui avaient été privées de leurs enfants n'avait encore été rétablie dans sa condition parentale.

Hier, en fin d'après-midi, Odile Marécaux a été la première à pouvoir dire : « Je suis rétablie dans mes droits de maman. » Elle avait les larmes aux yeux, bien sûr, la lèvre tremblant de cette émotion qui affleure chez cette femme depuis des mois.

La juge pour enfants de Boulogne-sur-Mer venait de lui rendre la garde de ses deux plus jeunes enfants, l'aîné souhaitant rester avec son père. « Il faut attendre que mon mari, qui est toujours hospitalisé en semaine, se remette », dit-elle doucement, pendant que celui-ci se délectait des retrouvailles avec ses enfants.

« C'est tout simplement la première fois qu'il les revoir tous les trois », insistait Hubert Delarue, son avocat. Jusqu'ici, les deux plus jeunes étaient placés par l'institution chez les grands-parents maternels ; aujourd'hui, ils prendront la route de Vannes, en Bretagne, où Odile a décidé de reprendre son « envol ».

Nouvelle vie
Là-bas, c'est une nouvelle vie qui va commencer, grâce au coup de pouce de François Fillon, le ministre de l'Education nationale. Sollicité dès le prononcé de l'acquittement par Maître Berton, le ministre a répondu par courrier, à la fin du lois de juillet. « Il a été recherché en liaison avec le rectorat de Rennes une affectation à Vannes », écrit-il. Et cette affectation, grâce à laquelle Odile Marécaux retrouve un poste d'infirmière scolaire (deux demi-postes en lycées, en fait) prend effet dès le premier septembre prochain. De même que ses rappels de salaires (qui étaient bloqués depuis novembre 2001) ont également été débloqués.

Quand Franck Berton souligne la diligence du ministre de l'Education, on sent poindre comme un ressentiment à l'égard du garde des Sceaux, « dont on ne désespère pas qu'il nous reçoive un jour, histoire de présenter des excuses, et des permettre que certains lui serrent la main en hommes et femmes libres ».

Alain Marécaux écoutait cela, sur le perron du palais de justice , se disant sans doute qu'il lui faut maintenant se préparer à affronter la cour d'appel de Paris, vraisemblablement au printemps prochain. « J'ai beaucoup de mal à reconstruire, mais j'ai bon espoir d'y arriver, ne serait-ce que pour mes enfants. »

Il aura bientôt le loisir d'aller visiter ses deux plus jeunes ou de les recevoir. Quant à l'aîné, il n'attend qu'une chose : que ce papa qu'il adore guérisse pour qu'il puisse enfin le retrouver. Les dégâts « collatéraux » de cette sordide affaire ne sont pas encore effacés.