Les acquittés d'Outreau rencontrent lundi Dominique Perben
« Qu'on nous rende notre honneur »
Les sept personnes acquittées au procès pour pédophilie d'Outreau en juillet attendent du garde des Sceaux, Dominique Perben, qu'il reconnaisse une « faute lourde » de l'Etat dans ce dossier, lors d'une rencontre lundi à la Chancellerie, qualifiée d'historique par les avocats.
« On nous a tous volé notre vie, ce rendez-vous est fait pour nous rendre notre honneur. Il faut que le ministre reconnaisse qu'il y a eu une faute lourde » de l'Etat, estime Roselyne Godard, la « boulangère » de l'affaire d'Outreau.
Mme Godard, 45 ans, qui a fait 16 mois de détention provisoire, sera reçue lundi à 11h par M. Perben, avec les autres acquittés Pierre Martel (30 mois de détention), Daniel Legrand père(30 mois), David Brunet (24 mois), Odile Marécaux (7 mois), Christian Godard (3mois) et Karine Duchochois (contrôle judiciaire sans détention), accompagnés de leurs avocats.
Pour Maître Franck Berton, défenseur d'Odile Marécaux, cette rencontre est « la réponse historique à un procès historique », ou 17 personnes ont comparu, notamment pour viols en réunion sur 17 enfants au total. Parmi les dix condamnés, six ont fait appel.
« Après avoir connu la prison, se retrouver dans les palais de la République, c'est tout un symbole, un geste fort pour la réhabilitation », souligne l'avocat.
Sa cliente, infirmière scolaire de 38 ans installée en Bretagne, a toujours « la rancune au cour » et espère que le ministre « reconnaîtra les erreurs, les dysfonctionnements de la justice, pour que cela ne se reproduise plus. »
Le « taxi » Pierre Martel, 55 ans, lui, n'a pas quitté Outreau où il vient de reprendre son travail car « c'est une étape importante de la reconstruction ».
« Tous plus ou moins "cassés"»
Il ne sait pas encore ce qu'il dira au garde des Sceaux, mais il veut surtout qu'il y ait « une vraie réhabilitation », avant de rappeler, amer, qu'il a fallu « 48 heures pour bouleverser (sa) vie » et qu'après 30 mois de prison « le chemin est très long pour tout reconstruire ».
« On a tous une certaine colère en nous, mais nous sommes tous plus ou moins "cassés " , alors cette colère je ne sais pas si nous arriverons à l'exprimer », résume Roselyne Godard, qui n'arrive pas « à reprendre le dessus ».
L'ancienne boulangère, dont l'ex-mari est aussi acquitté, espère être reçue à la Chancellerie accompagnée de sa fille. « Elle est aussi concernée que moi, c'est aussi une victime », dit-elle.
Le plus en colère et qui entend le dire à M. Perben est sans doute David Brunet, 31 ans, qui a « préparé quelque chose à lui dire qui risque de ne pas lui plaire ».
Le jeune homme, employé aux espaces verts à Outreau, veut que « le ministre dise en public qu'il y a eu erreur judiciaire, pour que cela se sache, car pour certains il y a encore des doutes sur notre innocence, cela se voit dans les regards ».
Un geste courageux
Les avocats ont salué le « courage » de Dominique Perben de recevoir ainsi les acquittés, l'un deux soulignant que « même le capitaine Dreyfus n'a pas été reçu par le garde des Sceaux ».
« Compte-tenu de ce qu'est notre institution judiciaire, qui ne représente jamais l'ombre d'une excuse à personne, n'a jamais eu un mot de compassion pour les gens qu'elle a condamné à tort, ce que fait le garde des Sceaux c'est la moindre des choses et c'est en même temps très courageux », souligne Maître Eric Dupont-Moretti, défenseur de Mme Godard. Mercredi, les avocats des sept innocentés retourneront à la Chancellerie pour aborder cette fois la question des indemnisations.