Les acquittés d'Outreau émus par le geste « historique » de M.Perben.

Ecrit par Nathalie Guibert
FACE à la herse dressée par les caméras et les micros, debout sur le perron de la chancellerie, le ministre de la justice apparaît le premier, et parle. En recevant ce lundi 27 septembre les sept acquittés du procès pour pédophilie d'Outreau, le garde des sceaux a effectué au nom de la République un geste « symbolique ». Il a ajouté quelques instants plus tard : « C'est une attitude d'humilité du ministre de la justice. »
Tandis que les familles et leurs avocats attendent à l'étage le moment d'apparaître à leur tour, Dominique Perben explique que « trois raisons » ont conduit à ce que soient reçus place Vendôme, pendant plus d'une heure, les sept hommes et femmes rescapés de ce drame judiciaire « historique ». Il s'agissait d'abord de « manifester directement auprès d'eux l'émotion qu'ont ressentie les français à l'issue du verdict » de la cour d'assises du Pas-de-Calais. Mais aussi de marquer « la volonté du président de la République de faire en sorte que la société puisse réparer une injustice ». Enfin, « de parler avec chacun de sa situation personnelle, en termes d'indemnisation, et de voir comment faire pour que cela ne se renouvelle pas ».

« EPILOGUE SINGULIER »
Puis sont arrivés les avocats, qui ont laissé au plus connu d'entre eux, Eric Dupond-Moretti, les premiers mots. « Ce fut un moment humain extrêmement fort, a-t-il déclaré. C'est un épilogue singulier pour ce dossier qui a commencé par des magistrats qui n'ont pas écouté et s'est achevé par un ministre de la justice qui écoute. Il a dit à ces femmes et à ces hommes ce qu'ils avaient envie d'entendre. » Son confrère Franck Berton, évoque une rencontre « sincère » et un « geste très courageux » de la part du ministre.

Enfin sont apparus les acquittés. Devant le garde des sceaux, ils ont abordé deux questions principales : les conditions dans lesquelles ils ont été « reçus » par le juge d'instruction , et la souffrance de la détention provisoire. L'épouse de l'huissier de justice, Odile Marécaux, émue, cherchait ses mots en balayant le décor du regard : « Après avoir vécu tout ça, ce n'est pas évident d'être dans ce cadre. » Pour elle, la rencontre fut avant tout « un dialogue de personne à personne ». « Je remercie M. Perben pour l'humanité qu'il nous adonné là », ajoute-t-elle. Roselyne Godard, commerçante, évoque « l'aide psychologique » dont ont besoin tous les acquittés. Matricule 27.737.Z en prison, elle est aussi venue « parler de la justice des détenus ». David Brunet, le gardien d'immeuble, aujourd'hui sans toit ni travail, est sorti de cette rencontre avec le sourire. « S'ils font ce qu'on a demandé, a-t-il dit, ce serait merveilleux. » Au ministre, il a « parlé en priorité de [son] fils » dont il est séparé. Mais aussi de ce qu'est la détention pour un homme désigné comme « pointeur » : les réveils en pleine nuit, les crachats au visage, les coups, les rats crevés brûlés devant la fenêtre de la cellule. Quant aux escuses que tous réclamaient, « ce n'est pas le sujet », a indiqué M. Perben. Une discussion va néanmoins s'ouvrir mercredi 29 sur l'éventuelle faute lourde de l'Etat. En outre, la chancellerie va accorder aux acquittés une avance sur l'indemnisation à laquelle ils ont droit au titrede la détention provisoire injustifiée. Pour les avocats, la porte est ouverte à une transaction globale, couvrant la détention provisoire et la faute de l'Etat, d'un montant exceptionnel.