Le procès d'Outreau en appel est reporté

Ecrit par Corinne Caillaud
Alors que le doute planait depuis le début de la semaine sur le maintien du procès en appel de l'affaire de pédophile d'Outreau, fixé au 10 mai prochain, la présidente de la cour d'assises de Paris, Martine Varin, a ordonné hier son renvoi sinedie. Les contraintes du calendrier judiciaires laissent supporter qu'il faudra attendre l'automne pour cette nouvelle audience. Six accusés, Alain Marcéaux, l'abbé Dominique Wiel, Daniel Legrand fils, Franck Lavier, Sandrine Legrand et Thierry Dausque devaient être rejugés.

Mais, comme le parquet général l'avait fait mercredi, la présidente de la cour d'assises de Paris s'est déclaré favorable au complément d'information demandé par Maître Julien Delarue, l'avocat de Daniel Legrand fils. Ce dernier, qui n'a jamais fréquenté la tour Renard, où vivaient les enfants, pourrait avoir été confondu avec un certain Dany C., selon une enquête réalisée par un journaliste de la télévision belge.
Résidant aujourd'hui dans le sud de la France, Dany C. se serait souvent rendu, au moment des faits, dans ce quartier d'Outreau où habitait sa compagne. Ce qui n'est en aucune façon une indication de son implication. Pour Maître Delarue, cette décision n'est pas surprenante. « Ma demande d'enquête complémentaire avait pour objet d'identifier ce fameux Dany C. C'est désormais chose faite. Le renvoi du procès ne vise qu' à éviter toute prise de risque quant à son bon déroulement. »
Au-delà de cet aspect, le supplément d'enquête implique, après les multiples rebondissements de cette affaire, que les enfants soient aussi confrontés à Dany C. Comme le souligne l'avocat de l'abbé Wiel, Maître Jean-Louis Pelletier, « pour diverses raisons de procédure, il n'est pas évident que l'affaire repasse en septembre. Ça devient complètement fou ».

Au delà de la déception pour les six accusés, ce renvoi ne va pas sans poser des problèmes concrets à certains d'entre eux. Ainsi Franck Lavier, condamné à six ans de prison, depuis remis en liberté, a interdiction de voir son épouse Sandrine Lavier qui a, elle, été sanctionnée par trois ans de prison avec sursis. Le couple attendait que la cour d'assises siège pour ne plus être soumis au contrôle judiciaire et pouvoir prendre un appartement ensemble. « C'est la catastrophe pour mon client », commente Maître Franck Berton, son avocat. « Ce rebondissement démontre une nouvelle fois les errements de l'instruction. Qu'a ce donc fait le juge Burgaud pendant tout ce temps-là ? »