Des avocats aujourd'hui déçus.
Les voilà regroupés comme aux plus mémorables des terribles moments du procès ! Les avocats de la défense qu'on avait e plus attendus, dans la salle des assises de Saint Omer comme à l'extérieur, avaient suivi leurs clients acquittés jusque dans les salons de la Chancellerie, manifestement ravis d'y être reçus et pleins d'espoir en un avenir fait d'une justice améliorée.
Aujourd'hui, ils en sont plutôt revenus. Et même hier : les cinquante-neuf mesures énoncées par Jean Olivier Viout n'ont, semble-t-il, impressionné personne, et Dominique Perben, garde des Sceaux enrubanné de louanges à l'époque des agapes parisiennes, est aujourd'hui relégué au rang de gagne-petit de la réforme pénale.
« Toilettage»
« On vient de manquer une formidable occasion de réformer la justice de manière intelligente », peste Eric Dupond-Moretti ; « Tout cela n'a rien de réformiste, c'est même très décevant », gronde Franck Berton ; « Ce n'est rien d'autre qu'un toilettage à la limite du mépris pour les juges », s'indigne Hervé Corbanesi.
On ne peut certes pas donner tort sur l' « audace » du projet : toutes les principales mesures avaient déjà été suggérées ou même. appliquées de fait depuis plusieurs mois. Mais ce qu'il attendaient, eux les auxiliaires de justice, c'est une remise en cause plus nette de l'institution judiciaire par elle-même. « On parle de dysfonctionnement et on propose cinquante-neuf mesures : c'est bien que l'instruction est implicitement remise en cause ! », s'exclame Mr Berton, ex-avocat d'Odile Marcéaux et aujourd'hui défenseur de Franck Lavier. « Pourtant, l'essentiel est laissé de côté : on ne propose toujours pas de responsabilisation du juge. C'est incroyable : c'est la dernière profession dont les membres continuent à faire ce qu'ils veulent sans rendre de comptes et il ne vient à l'idée de personne de remédier à cela ! »
Car la nomination d'un second juge, pour les affaires « les plus sensibles », n'améliorera rien, selon lui : « Et s'ils ne sont pas d'accord, au moment de prendre une décision, qu'est-ce qu'on fait ? On en nomme un troisième ? » Et s'agace à mesure qu'il insiste : « Et qui décidera si un dossier est suffisamment « sensible » pour être traité par deux juges ? Et en fonction de quoi ? Je vais devoir dire à certaines clients, qui n'auront q'un juge, que leur dossier n'est pas sensible ? » Il est très en colère.
Mépris des juges
Et il n'est pas le seul. Eric Dupond-Moretti, qui calme qu' « à peine les larmes séchées, au verdict de Saint-Omer, on prenait d'autres mesures sécuritaires, avec la loi Perben 2 », envoie balader le rapport Viout d'un avis définitif : « Non, cette affaire n'aura rien changé. »
Enfin, Hervé Corbanesi, qui a défendu Pierre Marthel pendant trois ans, ne cache pas une grosse déception « l'obligation pour la chambre de l'instruction de discuter d'un placement en détention préventive en public, c'est terriblement méprisant pour les juges ! Qu'est-ce que cela signifie ? Qu à huit clos, la justice était mal rendue ? » Tout le monde attend désormais et circulaires, mais sans enthousiasme. Quant au texte de loi Dominique Perben annonce pour la fin de l'année, on n'a sans doute pas fini d'en parler.