Après le procès d'Outreau
Ecrit par Eric DUSSART
Ils ont été reçus à la Chancellerie hier
Sept avocats remontés
C'est une sorte de service après vente que les avocats assurent pour leurs clients acquittés. Parce que tout n'est pas terminé quand la cour d'assises a définitivement blanchi des hommes et des femmes qui ont parfois passé près de trois ans en prison.
Ils sont donc montés à Paris, les avocats nordistes (à l'exception de Maître Julliet, l'avocat de Karine Duchauchois, qui est parisien), pour frapper à la porte du ministère de la Justice.
Hier, ils étaient reçus par Laurent Le Mesle, directeur de cabinet de Dominique Perben.
« Nous avions plusieurs choses à évoquer », récapitule Eric Dupond-Moretti évidemment aux premières loges : « D'abord, nous demandons que l'Etat reconnaisse la notion de faute lourde. (1) » Ce qui n'est pas rien. L'avocat de Roselyne Godard dit lui-même que ce serait une première en France : « Le chemin traditionnel, c'est le chemin judiciaire. Si vous estimez que l'Etat a commis une faute lourde, vous devez assigner l'agent judiciaire du Trésor devant le tribunal de grande instance. » Et c'est le tribunal qui tranche.
Volet moral
Mais là, symboliquement, les sept personnes acquittées lors de ce procès souhaitent que l'Etat reconnaisse lui-même sa faute. Place Vendôme, on cache mal un certain scepticisme, mais les avocats nordistes ne l'ont pas compris de cette manière. A sa sortie de la Chancellerie, Eric Dupond-Moretti était satisfait : « Le principe d'une discussion est acquis. Elle aura lieu ici, et la première réunion se tiendra dans deux ou trois semaines. Ce sera à nous d'expliquer en quoi il y a là manifestement uen faute lourde. »
C'est le volet matériel des dédommagements attendus : si la faute lourde est reconnue (et si l'Etat ne le fait pas lui-même, l'action devant le TGI sera engagée.), les indemnités versées aux personnes ayant été incarcérées abusivement seront autrement élevées.
Et puis, « nos clients espèrent toujours être reçus par M. Perben ». C'est le volet moral, celui sur lequel insistent tout particulièrement Hervé Corbanesi ou Franck Berton, par exemple. « Une poignée de main du ministre, pour Pierre Martel, aurait beaucoup de poids. Cela voudrait dire tellement de choses », insiste Hervé Corbanesi, l'avocat du chauffeur de taxi d'Outreau.
Et Franck Berton, conseil volontiers sarcastique d'Odile Marécaux, appuie où ça fait mal :« Une poignée de main, c'est gratuit ».
Ambiance.
Et il explique pourquoi les acquittés de Saint-Omer « doivent » être reçus par M.Perben : « D'abord, ils sont sept !!! Ensuite, toute la France s'est passionnée pour leur sort. Enfin, et ce n'est pas rien, le président lui-même a demandé que leur réhabilitation soit exemplaire. »
Ils sont sortis remontés comme des pendules, bien contents d'avoir été écoutés. Manifestement, les relations de ces avocats-là avec la Chancellerie sont plus chaleureuses qu'avec certains des magistrats de la cour d'appel de Douai, « où l'on s'est plus ému des critiques adressées à la justice que du sort d'hommes et de femmes abusivement emprisonnés », tonnent en chour Eric Dupond-Moretti et Franck Berton. Il fera bon dans les prétoires de la région cet hiver.