Verdict dans le procès en appel du meurtrier présumé de Frank Tavernier

Ecrit par Fanny Saintot
Douze ans de réclusion au lieu de quinze en première instance
Place au plaidoiries et au réquisitoire, hier devant la cour d'assises des mineurs de Saint-Omer, pour l'ultime journée du procés en appel du meutre de Franck Tavernier, commis dans la station de métro Epeule-Montesquieu, le 29 octobre 2000.
Représentant la fille de la victime, âgée de 3 ans au moment du drame, Gaëlle Leroque évoque le traumatisme de cette enfant « catapultée dans le monde des adultes, (qui) a vécu la mort de son père son père en direct (et qui) va grandir avec ce vécu là ». « On lui a arraché ses rêves, son insouciance, poursuit Mme.Blandine Lejeune. Quelle que soit la peine que vous prononcerez, elle ne sera jamais qu'une goutte d'eau dans l'océan de sa détresse ». S'adressant a l'accusé, réfugié dans le silence depuis le début du procès, M.Frank Berton dénonce : « Pas un mot, pas une excuse ! Vous avez fait appel pour avoir moins de peine, mais leur peine sera toujours la même, ils n'en auront jamais moins ! ».

« J'avais la haine»

Balayant les dénégations et versions « à géométrie variable » de l'accusé, l'avocat général, Patrick de Canecaude, passe en revue ses premières déclarations accablantes, que Rachid conteste désormais : « Quand j'ai vu que je saignais à l'oreille, j'avais la haine. Je suis revenu sur le type, j'avais l'intention de le tuer ». Quant à l'absence de figure paternelle, symbole de la loi et de l'autorité, dès son plus jeune âge, « ça explique, mais ça n'excuse pas », estime le magistrat qui requiert une peine à ses yeux « équilibrée », identique à celle décidée en première instance : quinze ans ferme. Car « si vous le condamnez à une peine trop faible, il va sortir bientôt. »

Une mise en garde qui fait bondir la défense, pour qui l'accusé n'a rien à voir avec « ce monstre capable d'une violence inouïe » dépeint par l'accusation. « On veut lui coller une étiquette de psychopathe asocial pour vous faire peur, estime Mme.Delphine Vissol. Lorsqu'un enfant voit sa mère se faire tabasser, cela a une influence. Mais quand on lui donne un cadre, des limites, il peut s'améliorer. »

Dans la ligne de mire de M.Eric Dupond-Moretti, la « dérive sécuritaire » du réquisitoire de l'avocat général. « J'aurais préféré que l'accusé demande pardon à la famille de la victime, qu'il ait les mots pour le faire. Mais s'il en est capable, il n'aurait pas commis ce crime. Vous voudriez qu'il se soit comporté comme un petit con dans le métro, et qu'il vous séduise ensuite à la barre ? Mais il n'est même pas maître de ses émotions ! »

Révolté par l'ampleur qu'a prise « cette bagarre qui a mal tourné, pour un motif futile » - de la marche contre la violence à la récupération politique - M.Dupond-Moretti souligne que « l'excuse de minorité (qui réduit la peine de moitié, ndlr) n'est pas un cadeau mais la règle ». Et il tape du poing sur la table : « Si Frank Tavernier était mort à la suite d'une bagarre dans un bistrot, cela aurait donné quatre lignes dans le journal. A lui seul, il est devenu le symbole de l'insécurité urbaine. Il faut ancrer dans la tête de l'accusé qu'il a commis un crime grave, mais aussi faire en sorte qu'il ne sorte pas de prison pire qu'il n'y ait entré. Quand vous condamnez un gamin de 16 ans à la peine maximale, vous tuez l'espoir ».

Un argument qui a sans doute fait mouche : les jurés ont condamné Rachid à douze ans de réclusion. Une « peine juste » pour ses avocats, forcément inacceptable pour les Tavernier. Après le verdict la famille de Frank Tavernier est sous le choc. Elle réclamait la confirmation de la peine, voire son aggravation.