Témoignages et expertises au programme du deuxième jour du procès du meurtries présumé de Franck Tavernier
Ecrit par O. H.
« AUJOURD'HUI, pour la première fois, nous pouvons exister devant la justice, parler de Franck, de notre douleur, de notre vie avec lui et de cette absence depuis trois ans. Corinne Tavernier semblait épuisée mais presque déjà soulagée, hier, au terme de son témoignage. La soeur aînée de Franck a sans doute fait là, devant la cour d'assises des mineurs de Douai, ce premier vers un travail de deuil qui se refuse depuis trois ans à l'ensemble de la famille Tavernier. Les frères, les sours, les parents, les amis de la victime ont ainsi eu ce précieux droit de parler face aux jurés, face à Karim (1), l'auteur présumé du coup mortel. (.)
Face à ces provocations pathétiques d'adolescents teigneux, l'immense majorité des adultes aurait passé son chemin sans plus de dommages... Me Berton, qui représente la famille Tavernier, s'est d'ailleurs déjà insurgé qu'on puisse « considérer comme normal d'être insulté dans le métro sans avoir le droit de réagir ».
Dangereux ou en progrès ?
Outre la famille Tavernier, de nombreux experts étaient appelés à la barre, hier. Le médecin légiste a souligné la violence du coup de couteau fatal qui a sectionné l'artère pulmonaire près du coeur et déclenché une hémorragie interne massive entraînant rapidement la mort de Franck Tavernier.
Les psychiatres ont également eu à se pencher sur la personnalité de Karim. Et certains termes employés dans leurs comptes rendus pourraient peser lourd. Ils évoquent une « psychopathie asociale à venir », « une dangerosité psychiatrique non exclue ». Les rapports soulignent également que l'accusé est totalement responsable de ses actes, mais que sa personnalité s'est sans doute construite au fil de nombreuses faillites.
C'est sur la base de cet examen de personnalité que Me Franck Berton entend demander aujourd'hui la levée de l'excuse de minorité qui divise par deux l'échelle des peines encourues par les mineurs. « La loi précise que les circonstances et la personnalité de l'accusé peuvent justifier cette levée », expliquait hier l'avocat de la famille Tavernier.(.)
Parmi les derniers témoignages de la journée, celui de la mère de l'accusé qui, elle, a demandé pardon à la famille Tavernier, et reconnu qu'elle se sentait en partie coupable. Des mots peut-être suffisants pour atténuer quelque peu l'étouffante tension qui règne autour de la salle d'audience... Mais la famille Tavernier est venue à Douai pour entendre un verdict, la conclusion de trois années de lutte. Désormais, seules les plaidoiries, le réquisitoire et le temps de réflexion accordé au jury les séparent de ce moment...
1. Le prénom a été modifié, la loi ne nous autorisant pas à identifier un mineur faisant l'objet d'une procédure