Quinze ans de prison pour le jeune meurtrier de Roubaix
Les jurés de la cour d'assises de Douai ont suivi le procureur dans ses réquisitions en infligeant à Karim la peine maximale de quinze ans de réclusion pour le meurtre de Franck Tavernier dans le métro de Roubaix, en octobre 2000. Un jugement bien accueilli par la famille de la victime : « Cela ne nous rendra pas Franck mais nous avions fait confiance en la justice et nous avons été écoutés », a déclaré un parent à l'énoncé du verdict, rendu à l'issue de trois jours de procès à huis clos.
Si les jurés n'ont pas levé l'excuse de minorité qui divise par deux l'échelle des peines prévues (quinze ans au lieu de trente), c'est sans doute à sa mère que Karim le doit : Elle seule, en effet, a apporté cette touche d'émotion que l'on attendait de sa part, à lui. Karim s'est contenté d'une vague excuse, sans lever les yeux, quand, elle, en pleurs, a demandé pardon à la famille Tavernier, se reconnaissant même en partie coupable pour avoir trop couvé son fils et pris toujours sa défense devant les conseils de discipline du collège.
Un garçon jugé sévèrement par les experts psychiatres, généralement plus modérés dans leurs conclusions. Ils évoquent « une psychopathie asociale à venir » et « une dangerosité psychiatrique à venir ». C'est d'ailleurs sur ce danger de récidive que l'avocat général, Patrick de Capecaude, s'est appuyé pour réclamer une peine maximale de quinze ans, sans demander la levée de l'excuse de minorité mais tout en laissant aux jurés la liberté de le faire.
Auparavant l'avocat de la partie civile, Me Franck Berton, avait remis en mémoire les circonstances de cette tragédie survenue un dimanche tranquille d'octobre 2000. A la suite de regards croisés et de mots échangés il y avait eu bagarre au cours de laquelle Franck Tavernier, 23 ans, reçut une dizaine de coups de couteau au bras et au visage. « Ça t'apprendra à me répondre ! » lui avait crié Karim. Chacun semblait repartir de son côté quand Karim revint sur ses pas, ressortit son couteau et alla le planter de dix centimètres dans le corps de celui qui lui avait répliqué. « Le coup de poignard de la haine ! », s'écrie Me Berton. Franck Tavernier a l'artère pulmonaire sectionnée mais il ne le sait pas. Il reprend sa route avec sa fillette de trois ans, fait quelques pas et s'effondre. La tâche de Me Dupont Moretti était délicate. Pendant une heure de plaidoirie, il a tenté d'alléger le lourd fardeau pesant sur les épaules de Karim : « Ce n'est pas un monstre, c'est un gamin. Si à 26 ans, on me dit qu'un individu est définitivement fixé, qu'on ne peut plus rien pour lui, alors j'arrête mon métier. Karim, explique-t-il, a des difficultés d'expression. C'est un gamin déraciné dont les experts décrivent très bien les carences affectives et les failles éducatives. » Pour l'avocat, il s'agit d'une bagarre qui a mal tourné.