Procès à Douai du meurtrier présumé de Franck Tavernier
Deux mères face à face
(.)
Difficile de savoir ce qui se trame réellement dans une cour d'assises qui siège à huis clos. Condamnée à rester derrière la porte, la presse doit se fier aux déclarations des avocats des parties civiles et de la défense, ou aux impressions de la famille Tavernier.
Un exemple ? Les experts psychiatres qui sont venus à la barre hier après midi décrire la personnalité de
Rachid (*), l'accusé. Me Franck Berton, avocat des parents et des frères et sours de Franck, a surtout retenu la « responsabilité totale » de l'accusé, le fait qu'« on ne peut pas exclure une dangerosité psychiatrique », une « psychopathie asociale à venir ». Mais pour Me Eric Dupond-Moretti, qui défend Rachid, « les experts ont insisté sur l'âge, sur l'effet de groupe ». « On a eu une description assez précise des carences, des failles de ce gamin », affirme l'avocat.
Hier, ce sont principalement les parties civiles qui ont eu la parole. D'abord, Sébastien, le petit frère de Franck, cité également en tant que témoin. II est revenu sur l'altercation avec Rachid et sa bande. II a raconté comment personne ne s'était aperçu que son frère avait reçu un coup de couteau fatal, juste après que les protagonistes eurent été séparés. « Quand Franck prend ce coup de couteau, il est seul, explique Me Blandine Lejeune, avocate de la petite fille de la victime. II se relève. Son artère pulmonaire est sectionnée, il a une hémorragie interne massive, mais ça ne se voit pas ». Le sang sur sa, chemise peut tout aussi bien provenir des 10 autres coups de couteau qu'il a reçus au cours de la bagarre, au visage et au bras.
S'est-il lui même rendu compte de la gravité de sa blessure ? Franck Tavernier vent raccompagner sa petite fille jusqu'à Tourcoing, comme prévu. Son frère et ses amis l'incitent plutôt à se faire soigner. Une, peut-être deux minutes après le coup de couteau, le jeune homme s'effondre.
Des excuses sincères
La suite, les Tavernier ont pu enfin la dire aux jurés et au président de la cour d'assises, M. Monier. Après l'examen des faits, la maman et la grande soeur de Franck ont eu la parole. « On a pu expliquer aux jurés ce qu'on ressentait depuis trois ans, ce qu'on vivait depuis le meurtre, confie Corinne. On a pu aussi leur faire connaître le Franck de la vie de tous les jours ». (.)
On a aussi parlé hier de la personnalité de l'accusé. Un accusé qui, dans la matinée, s'est excusé pour la première fois. Mais pour l'heure, les Tavernier doutent très fort de sa sincérité. Me Berton, s'inquiète de la dangerosité de Rachid, aujourd'hui âgé de 20 ans. Il craint qu'il ne récidive. « Ce n'est pas un monstre, c'est un gamin, rétorque l'avocat. du jeune homme. Si on me dit qu'à 16 ans, c'est fini, on ne peut plus rien pour lui, alors j'arrête mon métier ». (.)
* Conformément à la législation, le prénom de l'accusé, mineur au moment des faits, a été changé.