Le 29 octobre 2000, Franck Tavernier était tué à coups de couteau dans la station de métro Epeule- Montesquieu, à Roubaix

Ecrit par OLIVIER HENNION.
Quel prix à payer pour un meurtre gratuit ?
Le 29 octobre 2000, peu après 18 heures, Franck Tavernier, un Croisien de 23 ans, s'effondrait sur le sol de la station de métro Epeule-Montesquieu, à Roubaix, victime d'un coup de couteau à l'artère pulmonaire, le onzième coup asséné par son agresseur. Malgré l'intervention des secours et les efforts des médecins, Franck Tavernier décédait moins de deux heures plus tard.

Au terme d'une enquête rapidement menée, les enquêteurs interpellaient dans les jours suivants cinq adolescents (quatre garçons et une fille) âgés de 13 à 16 ans, parmi lesquels se trouvaient l'auteur présumé des coups mortels, Karim (1), 16 ans au moment des faits, et celui qui est considéré comme son principal complice, son cousin Djamel (1), 13 ans, qui aurait volé le couteau avant de le remettre à Karim.

Sous les yeux de sa fille
Plus de trois ans après cette tragédie, le procès du meurtrier présumé de Franck Tavernier va enfin avoir lieu, à partir de demain, devant la cour d'assises des mineurs de Douai. Un procès à huis clos dont la première des tâches sera de clarifier définitivement l'enchaînement fatal des faits lors de cette soirée du 29 octobre. Deux groupes qui se croisent, quelques regards quelques mots, et Franck Tavernier se retrouve face à une bande d'adolescents haineux et armés ayant passé toute leur journée à agresser et menacer les usagers du métro.

En quelques secondes, cette altercation d'une tragique banalité va basculer dans l'horreur... Franck Tavernier est poignardé à mort sous les yeux de son frère et de sa petite fille âgée d'à peine trois ans à l'époque... et désormais condamnée à un très long suivi psychologique.

La douleur à perpétuité, les tensions et les larmes qui ont fait voler une famille en éclats : voilà la peine partagée par les Tavernier. Obligés de déménager, les parents de Franck ne se relèvent pas de cette épreuve. Corinne Tavernier, l'une des sours, a pris à bras-le-corps le suivi du dossier, enchaîné les rendez vous avec les différents juges d'instruction qui ont tenté avec plus ou moins de succès d'amener Karim devant une cour d'assises.

Une échelle de peines réduite...
Aujourd'hui, c'est chose faite, et les membres de la famille Tavernier se trouvent en proie au doute, comme s'ils craignaient de voir le meurtrier présumé de leur fils, de leur frère, profiter d'une justice trop clémente. Les peines infligées en assises aux mineurs sont en effet moitié moins lourdes que celles prononcées contre les personnes majeures. On risque donc de voir ressurgir le débat sur le traitement à appliquer aux mineurs coupables de crimes de sang.

Ce procès sera également l'occasion d'un face à face entre deux « ténors » du barreau : Me Dupont Moretti assurera la défense de Karim, tandis que Me Berton défendra les intérêts de la famille Tavernier. Tous deux auront, dans leur registre, la mission délicate d'aider la justice à passer, sereinement, dans un climat extrême de tension. Pour la famille Tavernier, la peine est déjà « tombée » depuis trois ans, lourde, sans appel : la douleur à perpétuité. Et face à un tel verdict, il sera sans doute difficile de trouver le chemin de l'équité.


1. Les prénoms ont été modifiés, la loi ne nous autorisant pas à identifier un mineur faisant l'objet d'une procédure judiciaire. Le procès s'ouvrira ce lundi. La cour d'assises devrait rendre son verdict mercredi.