L'adolescent avait tué le père de famille pour une cigarette
LE 29 OCTOBRE 2000, vers 18 h 30, Franck Tavernier tombe, sous les yeux de sa petite fille de 3 ans et de plusieurs membres de sa famille, au pied de l'Escalator de la station de métro Epeule Montesquieu, à Roubaix. Atteint par onze coups de couteau dont un en plein poumon, ce jeune intérimaire de 23 ans décède en quelques heures. Son agresseur, Medhi, un adolescent sans histoires âgé d'à peine 16 ans, prend la fuite.
La petite bande qui l'accompagne, des gamins de Roubaix âgés de 13 ans, s'évapore tout aussi vite. Interpellé quelques jours plus tard, l'adolescent reconnaîtra sans mal les faits. Sur ses indications, les enquêteurs retrouveront l'arme, un couteau « papillon » que venait de lui remettre son cousin Rahny, âgé de 13 ans. II livrera aux policiers médusés une explication incroyablement banale de son geste : Franck Tavernier, qu'il n'avait jamais vu, lui avait refusé une cigarette et avait regardé « de travers » sa copine, Delphine. « Quand on cherche la m..., faut pas venir se plaindre après », ajoute t il. A partir d'aujourd'hui, c'est dans le huis clos de la cour d'assises des mineurs du Nord que devra s'expliquer le jeune homme. Initialement poursuivi pour « assassinat », il répond désormais de « meurtre » et encourt jusqu'à trente ans de réclusion si la cour refuse de lui accorder l'excuse de minorité. Son complice Rahny devrait bientôt comparaître devant un tribunal pour enfants. Les autres adolescents ont été remis en liberté. L'enfant témoin du meurtre suivie par des psychologues « Je ne voudrais pas que mes clients pâtissent de la paranoïa sécuritaire actuelle, prévient Me Eric Dupond Moretti, qui assure que Medhi est conscient de la gravité de son geste, « une catastrophe pour la famille de la victime et pour la sienne ». En face, les Tavernier. Plus de trois ans après les faits, cette famille nombreuse et modeste ne se remet pas de la disparition de Franck. La fillette de ce dernier, aujourd'hui âgé de 6 ans, est suivie de près par des psychologues. Quelles sont les images qui la hantent ? Se souvient elle de la violence avec laquelle Mehdi, qui s'apprêtait à reprendre l'Escalator après une première bagarre, a brusquement fait volte face pour asséner à Franck l'ultime coup de poignard ? A t elle gardé en mémoire les insultes ? Voit elle encore Delphine, la seule fille du groupe, asséner un dernier coup au visage de son père qui, déjà à terre, se meurt ? A Roubaix et dans ses environs, la tragédie avait suscité une vague d'émotion intense. Quelques jours après le drame, une marche silencieuse de près de 3 000 personnes avait inondé les rues de Croix, la petite ville où vivait Franck Tavernier. Tandis que l'extrême droite tentait en vain de récupérer l'affaire en évoquant un « crime raciste », la plupart des marcheurs disaient simplement leur écoeurement et leur honte devant un « meurtre gratuit ». Le verdict est attendu mercredi soir.