Ikea doit remballer ses griefs

Ecrit par Olivier Aballain
Le tribunal de Lille (Nord) démonte le scénario d'Ikea. La direction de l'enseigne de meubles, qui n'a pas souhaité s'exprimer, a perdu, hier, le procès intenté contre un ancien délégué syndical central CFDT. Licencié en 2005, ce dernier s'était vu reprocher le gonflement de ses notes de frais pour un montant atteignant les 30 000 euros. Mais en prononçant sa relaxe hier, le tribunal a reconnu que la direction était « parfaitement informée de cette pratique ». Une remarque qui pourrait placer l'enseigne dans une situation délicate s'il s'avère qu'elle a effectivement couvert un procédé permettant d'augmenter le salaire sans aucune charge patronale.

« Ikea a simplement acheté la paix sociale tout en évitant de payer les charges. » Frank Berton n'y va pas par quatre chemins. L'avocat du syndicaliste estime qu'Ikea a versé à son client un complément de salaire déguisé, « en échange de sa médiation pour éviter les conflits ». « Il se déplaçait dans les magasins pour éviter les grèves, c'était un accord tacite entre eux. » « J'ai signé des accords de branche qui sont encore valables aujourd'hui », confirme l'intéressé, passé à Force ouvrière.

Pour le syndicaliste, le jugement d'hier n'est qu'une étape : le 21 janvier, il contestera devant le tribunal administratif de Lille l'autorisation de licenciement (indispensable pour un représentant syndical) accordée par l'inspection du travail. Et de source judiciaire, après le jugement d'hier, le parquet de Lille pourrait « en théorie » ouvrir une procédure contre Ikea, sur la fraude aux cotisations patronales.