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Ecrit par Emmanuel Crépelle

Trafic de Subutex : l'interdiction d'exercer confirmée pour le médecin



Le tribunal a décidé de renvoyer à son audience du 15 mars 2011, l'affaire de trafic de Subutex impliquant une femme médecin et une pharmacienne d'Arras. Des pièces manquent encore au dossier et surtout, il se pose un problème juridique : le président du tribunal dans sa composition d'hier, avait été à l'époque le juge des libertés et de la détention dans cette affaire. Les avocats auront jusqu'au 15 février pour communiquer leurs dernières pièces. Le parquet a prévenu : aucun renvoi supplémentaire ne sera accordé dans ce dossier, déjà une première fois retardé.

Toutefois, on est quand même un peu entré dans l'évocation des faits, hier après-midi. Me Daphnée Weppe, suppléant Me Berton, avait demandé que l'interdiction faite au médecin d'exercer soit levée. « Depuis un an, elle ne peut plus exercer son métier de médecin. C'est déjà une pré-peine pour elle, ce ne doit pas être le cas. Son compte professionnel est bloqué, elle vit seule avec un enfant à charge elle n'a plus de ressources si ce n'est 8 000 euros sur un compte personnel. Mais elle doit continuer à payer ses charges. » Et Me Weppe de rappeler qu'à ce jour, le médecin n'a fait l'objet d'aucune procédure disciplinaire de la part de ses pairs. « Elle reconnaît du laxisme avec certains de ses patients, mais c'est aussi un bon médecin : j'ai des attestations de patients en ce sens. » L'avocate de faire remarquer qu'à l'inverse du médecin, la pharmacienne, elle, continue d'exercer.

La requête a fait bondir la substitut du procureur, Mme Bozzolo, qui, elle, demande la prolongation du contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer. « Elle a des difficultés financières, mais c'est une question de choix de sa part. Elle délivrait des ordonnances à des personnes qu'elle ne rencontrait même pas elle n'avait aucun dossier médical papier ou informatique de ses patients. Des dizaines de courriers ont été saisis et analysés. C'étaient des résultats sanguins de patients, qu'elle n'avait même pas regardés ! » Et la représentante du parquet continue d'énoncer les manquements constatés lors de l'enquête : « Sa table d'examen était couverte de poussière lors de la perquisition, preuve qu'elle n'avait pas servi depuis longtemps. On a trouvé 89 seringues périmées. On sait que 80 % et même plus de sa clientèle étaient des toxicomanes qui ne venaient pas consulter un médecin mais obtenir des ordonnances de complaisance. Elle faisait même des ordonnances à des patients qu'elle n'avait pas rencontrés depuis des années. » Mme Bozzolo ne mâche pas ses mots quand elle argumente sa demande de maintien d'interdiction d'exercer pour des raisons « de santé publique ». Tout en rappelant que l'ordre des médecins a fait le choix d'attendre le procès pour décider, ou pas, de sanctions à l'encontre du médecin, qui est pour l'heure, tout comme la pharmacienne poursuivie, toujours présumée innocente.

Le tribunal a confirmé l'interdiction d'exercer dans l'attente du procès, en mars 2011.