Assises : Un père accusé de viol sur ses filles à Waziers
Ecrit par Guillaume Carré
La parole des unes contre celle du père. Le procès qui s'ouvre, mardi prochain, s'annonce délicat tant pour la défense que pour les parties civiles. Mais personne ne ressortira indemne des trois jours d'audience.
Elles comptent beaucoup sur ce procès pour débloquer leurs situations. » Maître Alain Reisenthel, rôdé aux affaires de viols et d'agressions sexuelles, s'attend à trois jours intenses d'audience. À partir de mardi prochain et jusque jeudi s'ouvre, à la cour d'assises du Nord, le procès d'A.D., Waziérois de 53 ans, accusé d'agressions sexuelles sur ses trois filles ainsi que de deux viols. Des faits qui se seraient déroulés sur trois périodes : 1992-1997, 1996-1998 et 2001-2004.
« Propos sont crédibles »
L'affaire éclate en septembre 2005. Céline (*), la cadette des trois soeurs, se rend au commissariat de Douai et porte plainte. « Elle explique, qu'à partir de ses 13 ans, lorsqu'elle se retrouvait seul avec son père, ce dernier lui faisait des baisers, puis des caresses », souligne maître Reisenthel. Et qu'au fur et à mesure, le père serait allé encore plus loin. Il y aurait eu des pénétrations digitales, des fellations et des actes complets.
Céline s'enfuit du domicile parental. Elle est prise en charge par l'une de ses grandes soeurs à qui elle confie avoir été victime des attouchements de son père. Seulement, et Céline ne le sait pas, sa grande soeur, Sophie(*). Et elle aussi se dit victime des attouchements du père. « Ces agressions auraient eu lieu alors qu'elle avait 16 ou 17 ans », indique maître Reisenthel.
Enfin, Alexandra (*), qui a aujourd'hui 27 ans, avoue à ses deux autres soeurs « avoir été violée » alors qu'elle n'avait que 11 ou 12 ans. « Elle est partie dès qu'elle avait 16 ans. En 1998, elle en parle à sa mère et dépose plainte. » Plainte vite retirée. « Le grand classique », selon l'un des ténors du barreau douaisien.
Dans leurs auditions, les filles parlent d'un père strict et sévère sur l'éducation. Elles maintiennent, au cours des différentes confrontations, leurs accusations. « Elles étaient en pleurs à chaque fois, raconte Alain Reisenthel. Mais les expertises psychologiques prouvent que leurs propos sont crédibles. »
Dès le début de l'instruction en 2005, le père réfute toutes les accusations portées sur lui. Il en reste abassourdi. Et fait front. « Il nie absolument tout ce qu'on lui reproche. Il ne comprend pas », soutient son défenseur, autre chevronné du barreau de Douai, Raphaël Théry. Lui a vu une personne « en grande souffrance, en pleurs. Il est incapable de donner une explication, poursuit-il. Il pense que c'est un complot préparé par ses trois filles qui lui en voudrait d'avoir été trop sévère lors de leur adolescence. »
Des deux côtés, les trois jours d'audience sont attendus avec impatience. L'accusé se dit « innocent » et les trois victimes espèrent « un sursaut de paternité ». A.D., qui a déjà passé 18 mois en détention provisoire, risque jusqu'à 20 ans de réclusion. Le verdict est attendu jeudi 28 mai, en fin d'après-midi.
(*) : prénoms d'emprunt