Les plaidoyers pour Burgaud se succèdent au CSM
Ecrit par Laurence de Charette
La présidente de la cour d'assises de Paris, qui a jugé l'affaire, n'a émis mercredi «aucun grief» sur l'instruction d'Outreau.
Jusqu'au bout, le drame d'Outreau laissera un goût d'amertume. Mercredi, au troisième jour du «procès» du juge d'instruction Fabrice Burgaud, l'ensemble des magistrats venus témoigner devant les membres du Conseil supérieur de la magistrature ont défendu le travail du jeune magistrat de Boulogne-sur-Mer. Fabrice Burgaud a été un magistrat instructeur particulièrement «travailleur», voire «enthousiaste», effectuant «un grand nombre de vérifications», diligentant un nombre important - «inhabituellement important» même - d'expertises, ont attesté, les uns après les autres, les membres de la chambre de l'instruction, mais aussi le procureur, ou encore les présidents des cours d'assises s'étant penchés sur le dossier.
Le jeune juge se serait même montré «plus consciencieux» que beaucoup de ses collègues. L'instruction de Fabrice Burgaud se situe «dans la moyenne supérieure», a expliqué Odile Mondineu, présidente de la cour d'assises de Paris, qui jugea l'affaire en appel. Femme de caractère, la présidente a encore ajouté : «Je maintiens que cette instruction ne peut faire l'objet d'aucun grief.» Tout juste accepte-t-elle de faire état de «maladresses» du juge, qui ne constituent pourtant pas, pour elle, des «manquements». Fermez le banc.
Pour les magistrats expérimentés qui défilent depuis trois jours devant les sages, Outreau, c'est avant tout «le problème de la détention provisoire», ou encore «le poids des expertises» défaillantes qui ont cautionné les accusations des enfants et n'ont pas décelé le caractère manipulateur de Myriam Badaoui.
Recueillir et interpréter la parole de très jeunes enfants est une tâche si délicate et si aléatoire, a-t-il également été expliqué au CSM, que personne ne peut jeter la pierre à Fabrice Burgaud… Une sorte de sentiment de culpabilité par procuration semble s'être glissé dans l'esprit des magistrats, qui, à la question «Aurais-je fait mieux que lui ?» se mettent à douter de la réponse.
Peu de contradictions
Sans doute l'attitude offensive de la Chancellerie a-t-elle aussi soudé le corps autour de ce jeune magistrat qui, pour beaucoup, fait figure de bouc émissaire. Le sort de Fabrice Burgaud n'est, quel que soit son dossier, pas détaché de contingences politiques. La rédaction imparfaite des griefs qui lui sont faits montre que la Chancellerie s'est sans doute plus attachée, il y a deux ans, à réaliser un acte politique - montrer à l'opinion que des sanctions sont demandées - que juridiquement performant.
Pourtant, au fil de l'audience, apparaissent en filigrane les faiblesses du dossier. La directrice des services judiciaires insiste notamment sur le contenu des auditions : Fabrice Burgaud n'a pas, souligne-t-elle, mis ses interlocuteurs devant leurs contradictions. Le juge n'aurait pas suffisamment tiré les conséquences des fruits de certaines investigations, quand elles montraient que les accusateurs n'avaient pas dit la vérité. Il n'aurait pas perçu les talents de manipulation de Myriam Badaoui. Enfin, l'instruction aurait pu être poursuivie plus avant, lorsque de nouveaux éléments sont apparus mais la faute peut être imputée au successeur de Fabrice Burgaud.
Face à ces reproches, l'accusé a préparé des contre-feux, qu'il exprime avec beaucoup de conviction. En fin de journée, le plaidoyer du président du tribunal de Boulogne-sur-Mer pour la «réhabilitation» de Fabrice Burgaud laisse le président de la Cour de cassation et président de l'audience songeur. «Eh bien…», soupire ainsi Vincent Lamanda, laissant entrevoir la difficulté de la tâche qui attend le CSM.