Le juge Burgaud fixé aujourd'hui sur son sort

Il en a fait une question « d'honneur ». Le juge Fabrice Burgaud, 37 ans, sera aujourd'hui fixé sur son sort. Après un report d'un mois, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) dira s'il sanctionne ou non ce magistrat pour son instruction dans l'affaire d'Outreau. Trois ans et demi après l'épilogue de ce dossier de pédophilie, qui s'était soldé par l'acquittement de treize des dix-sept accusés, la question de la responsabilité du jeune juge, dont Boulogne-sur-Mer était en 2001 le premier poste, va être enfin tranchée. La décision doit être annoncée à ses avocats en début d'après-midi. Soulignant « des manquements particulièrement graves à ce qu'on est en droit d'attendre d'un juge », la chancellerie a requis un an d'exclusion temporaire.

Un fiasco judiciaire
« Fabrice Burgaud est un peu stressé par l'attente. Il a hâte de savoir », décrivent deux de ses défenseurs, qui ont plaidé la relaxe. Pour les avocats Patrick Maisonneuve et Jean-Yves Dupeux, le report de la décision, initialement attendue fin mars, révèle « sans doute l'existence de forts désaccords au sein du CSM ».
« Preuve que sa condamnation n'est pas si évidente ! » soulignent-ils. Condamné, le « petit juge », aujourd'hui affecté au parquet de Paris, serait le seul à porter la responsabilité d'un fiasco judiciaire qui avait suscité une commission d'enquête parlementaire et jusqu'aux excuses du président Chirac aux acquittés. « Il était le seul magistrat du siège, le seul donc à être susceptible d'être visé par cette procédure : le bouc émissaire parfait », estime M e Maisonneuve. Sa relaxe effacerait, à l'inverse, ces « manques de rigueur et d'impartialité » ou d'égard envers les justiciables critiqués lors de son réquisitoire par la directrice des services judiciaires.
A trois jours du verdict Burgaud, fustigeant l'« impunité et le corporatisme » des juges, le président de la République a annoncé mardi la prochaine mise en place de la réforme du CSM. Les projets de loi organisant le remodelage de cette instance suprême de la magistrature doivent être présentés dans les prochaines semaines en Conseil des ministres. Ils mettent fin à la présidence du CSM par le chef de l'Etat et organisent sa saisine par les citoyens.
Mais ils prévoient aussi d'en modifier la composition par la mise en minorité des magistrats au profit de personnalités extérieures nommées par le pouvoir ce que les syndicats de magistrats dénoncent vivement. « Je ne laisserai pas des affaires comme Outreau sans réponse », a martelé Nicolas Sarkozy. « Il y a de nouveau interférence entre des positions politiques et la décision attendue pour Fabrice Burgaud : voilà encore quelque chose qui pèse sur ce dossier », regrette M e Maisonneuve, qui a annoncé, à l'instar des autres avocats du juge, l'intention, si leur client était condamné, de former un recours devant le Conseil d'Etat.