La polémique enfle après le blâme du juge Burgaud

« Une petite tape sur les doigts d'un petit garçon qui a fait du mal à plein de personnes mais à qui l'on dit que ce n'est pas bien grave. » Roselyne Godard, une des treize acquittés d'Outreau, commente ainsi la « réprimande » infligée avant-hier à l'ex-juge Fabrice Burgaud par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Derrière l'ironie, on devine la souffrance. Il y a comme une disproportion entre les tourments endurés par les acquittés et la nature de la sanction prononcée. Hier, la décision du CSM a, sans surprise, continué de susciter de violentes critiques. « Cette sanction est perçue comme une offense par les victimes. On a l'impression d'une cascade de catastrophes dans cette affaire », a déclaré l'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou, députée socialiste. Pour Philippe Houillon, rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur Outreau, cette simple réprimande est « en décalage total avec l'ampleur du fiasco judiciaire ». André Vallini, ex-président de cette commission, parle même de « provocation du CSM ». Beaucoup dénoncent l'« esprit corporatiste » qui aurait ménagé Fabrice Burgaud, aujourd'hui en poste au parquet de Paris. Il est certes l'unique magistrat sanctionné dans cette affaire par le CSM, qui lui reproche un « manquement à son devoir », mais il écope de la plus clémente des punitions encourues. « Lamentable » Un autre aspect entretient la polémique. Selon les révélations des avocats de l'ex-juge d'instruction de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), un des onze membres du CSM qui ont examiné le cas Fabrice Burgaud avait lui-même statué sur la procédure d'Outreau. Xavier Chavigné, conseiller à la cour d'appel de Douai (Nord) de février à novembre 2003, a siégé en août à la chambre d'instruction, refusant deux demandes de remise en liberté de l'abbé Dominique Wiel, acquitté en appel en 2005. « Ce magistrat aurait dû le signaler », relève M e Frank Berton, un des avocats de la défense du dossier d'Outreau. Xavier Chavigné, membre du CSM depuis 2006, aurait oublié son intervention dans la procédure. Hier, Rachida Dati a tenté de désamorcer la bombe. « En août 2003, M. Burgaud n'était plus en charge de l'affaire depuis un an et les faits débattus devant le CSM n'avaient aucun lien avec l'audience où siégeait M. Chavigné », a indiqué la garde des Sceaux. Cette situation pourrait pourtant profiter à Fabrice Burgaud. Ses avocats vont utiliser le cas Chavigné pour étayer leur recours devant le Conseil d'Etat en vue d'annuler la sanction du CSM. « A croire que la magistrature s'était préparé une porte de sortie. Lamentable », réagit Roselyne Godard.