Un verdict lourd pour le double meurtre de Londres, mais l'un des condamnés n'aurait pas dû être libre
Les deux hommes accusés d'avoir sauvagement tué les étudiants français Laurent Bonomo et Gabriel Ferez, en juin 2008 à Londres, ont été condamnés hier à la prison à vie, avec des peines incompressibles de 35 et 40 ans. Mais, comble de malheur, le ministre de la Justice, Jack Straw, a reconnu que l'un des deux aurait dû être en prison, au moment du crime...
En rendant son verdict, le juge Saunders a déclaré aux condamnés que seul leur jeune âge leur avait permis d'échapper à l'emprisonnement perpétuel, sans possibilité d'en sortir : « Les éléments de ce dossier sont vraiment horribles. Je suis persuadé que la seule raison possible pour expliquer le nombre de blessures est que ces meurtres étaient sadiques. Les tueurs prenaient du plaisir à faire ce qu'ils faisaient. »
Laurent Bonomo et Gabriel Ferez ont été ligotés puis lacérés de plus de deux cent quarante coups de couteau après que Daniel Sonnex, 23 ans, et Nigel Farmer, 35 ans, leur ont volé du matériel informatique et leurs cartes de crédit mais sans pouvoir retirer d'argent. C'est en tout cas la version de l'accusation, puisque ni l'un ni l'autre n'ont reconnu les faits clairement. C'est Sonnex qui est désigné auteur principal, Farmer ayant toujours soutenu n'avoir participé qu'à l'incendie de l'appartement destiné à effacer les traces du crime.
Mais Sonnex, justement, n'aurait jamais dû être en liberté à ce moment-là. Jack Straw, ministre de la Justice, l'a reconnu, après le verdict, dans une conférence de presse où il a présenté des excuses aux familles. En fait, le jeune homme, précédemment arrêté dans une autre affaire, a été libéré par erreur !
Scotland Yard a attendu seize jours
« Des médecins se sont penchés sur son cas et ont dit dans leur rapport pénitentiaire que c'était quelqu'un de dangereux, que c'était un psychopathe et qu'il était capable (...) de tuer quelqu'un », a dénoncé Frank Berton, avocat du père de Gabriel Ferez.
Deux jours après sa sortie de pri- son, il avait été arrêté par la police pour l'agression de deux personnes — le procès qui vient de s'achever a révélé qu'ils avaient été ligotés, menacés d'un couteau — mais aucune plainte n'avait été déposée.
Le 23 avril, Sonnex est de nouveau arrêté pour recel, inculpé et emprisonné. Son officier de probation engage alors les mesures pour révoquer sa liberté conditionnelle mais un juge le libère sous condition.
Le 13 juin, un mandat d'arrêt avec mise en oeuvre sous 96 heures est émis, mais Scotland Yard a attendu seize jours pour agir, soit l'après-midi du 29 juin, quelques heures après le double meurtre. Le responsable du service de probation de Londres, David Scott, a démissionné, soulignant la surcharge de travail de son service : l'agent responsable de la supervision de Sonnex devait gérer 127 dossiers.
Mais une commission indépendante étudiant les plaintes contre la police a rendu d'autres conclusions : « Les défaillances de la part de la police sont le résultat d'une confusion, de lacunes de communication et de procédures insuffisantes et il faudra en tirer des leçons douloureuses. Les erreurs individuelles et structurelles sont importantes. »