Personne n'était concerné par mon malheur
Ecrit par Julien Laurens
Olivier Ferez est un père en colère. Après le procès qui a vu Nigel Farmer et Dano Sonnex, les meurtriers de son fils Gabriel et de Laurent Bonomo, condamnés jeudi à la prison à perpétuité à Londres, il critique la manière dont l'Etat français a pris en charge les familles des victimes.
Pourquoi mettez-vous en cause le soutien apporté aux familles ?
Olivier Ferez. Quand mon ex- épouse m'a appris la mort de notre fils le 29 juin 2008, j'étais dans un état de sidération total. Il fallait que je me rende le plus vite possible à Londres, j'ai donc demandé au consulat français à Londres comment je devais faire.
Je n'avais jamais mis les pieds dans cette ville avant, j'étais démuni et désemparé. La seule réponse que l'on m'a donnée a été : « Allez dans une agence de voyages, prenez un billet de train et une nuit d'hôtel ! » Je m'attendais à ce que l'on me dise qu'on s'occupait de tout et que je n'avais à me soucier de rien. J'étais choqué. J'avais besoin d'être guidé, épaulé. Au lieu de ça, j'étais tout seul. A un moment, j'ai décidé de me prendre en charge, de saisir deux avocats, Mes Berton et Weppe, et de ne plus compter sur la France, ni le consulat français de Londres, qui m'ont laissé tomber.
Le gouvernement français a-t-il fait un geste ?
J'ai attendu des mois un appel de Nicolas Sarkozy. On nous avait dit que le président de la République allait nous appeler. Personne ne nous a jamais appelés. Je me suis senti laissé-pour-compte. J'ai aussi rencontré deux fois les gens de la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères à Paris. A chaque fois, ils m'ont répondu qu'ils ne pouvaient rien faire pour m'aider.
Vous vous êtes senti abandonné ?
Il n'y a eu aucune aide, ni matérielle, ni financière, ni médicale. On m'a dit que si je voulais un médecin, je pouvais le demander. Mais j'aurais voulu rencontrer un psychiatre sans avoir à le demander. J'étais perdu, je ne dormais pas la nuit et personne n'était concerné par mon malheur.
Etes-vous toujours en colère ?
Bien sûr. Je vais vous dire ce qui me fait le plus mal. C'est que je n'ai même pas pu choisir le cercueil dans lequel mon fils a été enterré. Les conditions de son rapatriement ne m'ont pas satisfait du tout. (Il s'effondre en larmes). Mon ex-épouse et moi voulions l'accompagner dans son demier voyage. On voulait être présents. On nous a dit : « On va s'en occuper. » Au final, ce fut une vraie catastrophe.