Etudiants français assassinés deux accusés et une PME du crime
Ecrit par Daniel Coulon
Au procès des meurtriers présumés des Français Laurent Bonomo et Gabriel Ferez à Londres en 2008, l'avocat de la Couronne a maintenu que ce crime « terrible » avait été le fait d'une « entreprise commune » des deux accusés Nigel Farmer, 34 ans, et Daniel Sonnex, 23 ans.
Les deux accusés ont parlé. Sonnex a donné quelques détails qui avaient l'accent de la vérité. Farmer n'a rien dit : il a maintenu, contre toute vraisemblance, qu'il n'était pas là et était venu seulement le soir incendier le studio sans même voir les deux corps ! Dans le réquisitoire qu'il a présenté, l'avocat de la Couronne, Crispin Aylett, a qualifié de « méprisable » la manière dont les deux accusés avaient donné « par bribes » les informations sur les circonstances du drame qu'attendaient les parents de Gabriel et de Laurent.
Il a aussi exhorté les jurés à ne se laisser influencer ni par leur sympathie pour les parents des victimes, ni par leurs préjugés sur le mode de vie des accusés. « Oubliez le très compréhensible sentiment de sympathie que vous pouvez éprouver pour les parents de Laurent Bonomo et de Gabriel Ferez dont la calme dignité, depuis qu'ils suivent ce procès, a pu vous impressionner. » Il a aussi évoqué la vie des accusés : drogue, alcool, vols, violen- ces, agressions, « des tranches de vie londonienne qui ne vous sont probablement pas familières, où personne ne semble gagner sa vie honnêtement, et que vous auriez sans doute préféré continuer à ignorer », a-t-il dit. Il est vrai que la maison de la famille Sonnex, où habitait Farmer au moment des faits, était une véritable PME du banditisme : le père a été condamné quarante-sept fois, le fils aîné trente-quatre fois. Il est en ce moment, en prison comme une soeur, condamnée aux assises pour avoir défiguré une rivale dans un pub.
Assez de preuves
Rappelant les nombreuses preuves présentées — images des caméras de vidéosurveillance, traçage de leurs déplacements par leurs communications téléphoniques, empreintes recueillies dans le studio, relevés d'utilisation des cartes bancaires — Me Aylett a dit aux jurés qu'ils avaient suffisamment de preuves pour les juger tous les deux coupables.
« Malgré leurs récits divergents, c'était une entreprise conjointe. Déterminer exactement qui a fait quoi, si l'un a fait plus que l'autre est un exercice académique, qui n'a pas d'importance. Ils sont tous les deux responsables, tous les deux coupables », a-t-il asséné.
« Quand deux meurtriers se déchirent, il n'y a rien qu'ils ne diraient pas ou ne se feraient pas pour tenter de sauver leur peau », a-t-il conclu.
Le procès reprendra mercredi avec la plaidoirie de la défense. Le verdict pourrait être rendu la semaine suivante.