François Taton : « Je vais pouvoir enterrer dignement Typhaine »
Ecrit par Eric Dussart
François Taton devrait récupérer le corps de sa fille aujourd'hui. « Ça se passe de pompes funèbres à pompes funèbres », dit-il, son regard bleu clair insaisissable, posé loin, très loin. Il revoit Typhaine, sans doute. Comme la dernière fois qu'elle lui a souri, au matin du 22 janvier, à l'heure de l'école. « Je ne l'ai plus jamais revue. » Ses yeux n'ont toujours pas bougé. Ils ont juste rougi.
Il a fait le point hier matin avec Raphaël Théry, son avocat. L'une des seules personnes avec qui il parle vraiment, semble-t-il. François Taton est un taiseux. Un type à fleur de peau qui vous plante parfois un regard intense en pleine face, au beau milieu d'une phrase qu'il laisse là, en suspens, parce qu'il est plus à l'aise pour la terminer avec ses yeux qu'avec ses mots. Et Dieu sait s'il est convaincant, alors. Comme il doit savoir l'être aussi quand au plus fort de sa colère, ce sont ses mains qui parlent.
« J'ai du caractère, je ne me laisse pas faire. » Encore un de ces regards coupants. Mais celui-là finira par faire mal : il essaie de dire que sa fille tenait cela de lui, ce caractère affirmé qu'on lui connaissait, mais son menton tremble et il se détourne.
C'est trop dur. Il ne peut pas parler de Typhaine : « Je préfère garder ça pour moi. » Depuis le 1er décembre, quelque chose semble s'être brisé en lui. Jusque-là, son inconscient espoir de père le faisait tenir encore. « Il y avait quelque chose en moi qui me disait que... »
Hanté par une question
Pourtant, il avait eu des craintes, au fil du temps, en regardant Anne-Sophie Faucheur à la télévision ou dans les journaux. « Elle était toujours si froide... » Mais jamais il n'a imaginé ça. « Je ne pensais pas qu'elle en était capable.
» Le 1er décembre, c'est sur le site de La Voix du Nord qu'il a appris qu'Anne-Sophie Faucheur et son compagnon Nicolas Willot étaient en garde à vue et que sa fille était morte. Il a appelé Raphaël Théry, qui a essayé d'en savoir plus, qui l'a accueilli. « Je lui ai dit : "François, il va falloir être fort"... » Et François s'est tu.
Depuis ce jour, il n'a pas voulu s'exprimer. Trop dur, trop tôt. Il retournait sans cesse cette question qui le hante encore : « Pourquoi elle est venue la chercher, si c'était pour faire ça ? » Il y a un long silence et il continue, comme s'il était ailleurs : « Je croyais que ma fille était bien, là-bas. Il y avait sa soeur. Et lui (Nicolas Willot), puisqu'il avait accepté Caroline, il pouvait accepter Typhaine. » Pour Caroline (six ans), qu'il n'avait pas vue pendant plus de trois ans, il avait brûlé de demander une décision de justice. Pour Typhaine, c'était en route. En se triturant les mains, il fait comprendre qu'il a tant souffert qu'on lui reproche de ne pas s'être battu pour revoir sa fille aînée. « J'avais peur qu'on m'enlève les deux. » Aujourd'hui, il se bat pour récupérer Caroline et se prépare à enterrer Typhaine (1) . « Pour qu'elle soit bien. Faire les choses bien. » Il remercie d'un nouveau regard intense « tous ceux qui ont envoyé des messages de soutien », et avoue que cinq cents personnes à la marche blanche de samedi, « ça fait du bien : cela veut dire que ma fille n'est pas oubliée ».
1. Il souhaite rester discret sur le lieu et la date des obsèques.