« Personne ne me rendra mes 13 ans »
Ecrit par Geoges Charrières
La troisième journée du procès de Jacqueline Ponthieux a été marquée par le témoignage de son fils. Me Delarue et Me Berton ont mis l'accent sur des aspects du dossier délaissés de l'enquête.
« Ça fait treize ans que ça dure et j'avais treize ans quand les faits se sont déroulés. C'est la quatrième fois que je viens devant une cour d'assises. Parfois je me demande si c'est une blague. Que voulez-vous que je vous dise. Mon père est mort, ma mère a fait de la prison, j'ai tout perdu. »
Julien 25 ans, le fils de Jacqueline Ponthieux accusée d'avoir tué son mari Gérard en septembre 1997, vient de faire sa déposition devant la cour d'assises d'appel de la Somme.
Le jeune homme, visiblement ému, a du mal à trouver ses mots. Ses doigts martèlent sans cesse la barre des témoins. Il se contient.
Oui, il aimait Gérard Ponthieux qu'il considérait comme son père, même si ce n'était pas le cas. Oui, il aime sa mère, il en est certain, elle est innocente du crime qui lui est reproché.
« Un des aspects du dossier nouvellement mis au jour »
À l'avocat général Jean-Philippe Ribaud qui lui demande s'il se souvient de quelque chose, il répond :
« C'est encore une blague ? Ce qui reste gravé dans ma mémoire c'est mon père en train de mourir et ma mère paralysée et qui pleurait ! Personne ne pourra jamais me rendre mes 13 ans ! »
Le jeune homme prend place ensuite sur les chaises réservées au public.
Décidément l'enquête menée au moment et après le crime aura été pour le moins mal menée.
C'est ainsi qu'un élément très important a été laissé de côté par les enquêteurs, mais remis au jour par les deux avocats de la défense le bâtonnier Hubert Delarue et Me Franck Berton. De très nombreux témoins sont venus le dire à la barre : Gérard Ponthieux est son épouse Jacqueline étaient des personnes particulièrement généreuses.
Gérard Ponthieux, qui avait le cœur sur la main, prêtait volontiers des sommes d'argent à ceux qui, clients ou amis le lui demandaient.
Ces sommes étaient parfois très importantes et pouvaient atteindre plus de 60 000 francs (9 000 euros) de l'époque. Les noms des débiteurs étaient inscrits sur un petit cahier gardé dans le bar. Il arrivait parfois que Jacqueline Ponthieux s'oppose à ces prêts, mais son mari faisait ce qu'il voulait. Il avait cependant, à la demande pressante de son épouse, indiqué clairement que désormais il ne prêterait plus d'argent. On s'est également parfois demandé, au cours de l'audience de mercredi, si parfois, Gérard Ponthieux n'était pas un peu forcé de donner de l'argent à des « emprunteurs » un peu menaçants. Le mot racket a été prononcé à plusieurs reprises. Cet aspect de l'enquête, comme de nombreux autres n'a pas été exploré. Il le méritait pourtant.