« Je n'ai pas tué mon mari »

Ecrit par Geoges Charrières
Le procès, en appel, de Jacqueline Ponthieux s'est ouvert lundi devant la cour d'assises de la Somme. Cette femme de 60 ans est accusée d'avoir tué son mari.

Il est un peu plus de 9 heures ce lundi matin. Assise sur une chaise, devant le couloir qui conduit à la pièce réservée aux accusés, Jacqueline Ponthieux semble perdue dans la grande salle du palais de justice d'Amiens. Entre ses deux mains jointes elle serre un mouchoir et, accompagnée de ses deux avocats, le bâtonnier Hubert Delarue et Me Franck Berton elle fait face aux très nombreux journalistes venus assister à son procès.

Comme l'a rappelé le président Samuel Grévin, cette femme se retrouve pour la quatrième fois devant une juridiction criminelle.

Elle a comparu, une première fois devant la cour d'assises de l'Oise. Son procès s'est déroulé en deux temps. L'audience avait dû être renvoyée après la déposition d'un expert venu expliquer que les substances toxiques retrouvées dans le corps de la victime ont pu être fabriquées post-mortem par le cadavre de son époux.

Procès à rebondissements

La cour de l'Oise a condamné Jacqueline Ponthieux à la peine de 15 années de réclusion criminelle. Elle a fait appel de cet arrêt.

En juin 2008 Jacqueline Ponthieux comparaît devant la cour d'assises d'appel de la Somme. Là-aussi l'audience va être marquée par un rebondissement qui va mettre à mal la thèse de l'accusation selon laquelle l'accusée aurait attendu longtemps avant de prévenir les secours après que son époux a reçu plusieurs coups, mortels, d'armes blanches.

Un médecin urgentiste et des pompiers viendront, en effet, dire à la barre que, lorsqu'ils sont intervenus, Gérard Ponthieux était sur le point de décéder ou venait juste de décéder.

L'audience criminelle est ouverte, Jacqueline Ponthieux qui a, depuis les faits, effectué 30 mois de détention avant d'être remise en liberté, entre dans le box des accusés.

Le président Grévin procède au tirage au sort des jurés. Cinq hommes et sept femmes en plus des trois magistrats professionnels, composent ensemble la cour d'assises d'appel, et vont juger cette femme.

Comme le veut la procédure le président donne la parole à Jacqueline Ponthieux pour qu'elle décline son identité et son état civil avant de lui demander de parler de sa vie.

Les deux mains serrées sur le micro du box des accusés elle déclare : « Je voudrais vous dire que je n'ai pas tué mon mari. Je n'ai de sang ni sur les mains, ni dans le cœur, ni dans la tête. Le seul crime que j'ai commis c'est d'avoir abandonné mes enfants. Je n'ai pas tué mon mari. Je vous demande de me croire. »

L'accusé évoque ensuite sa vie, une mère morte alors qu'elle n'était qu'un bébé, un beau-père qui abuse d'elle à plusieurs reprises.

Des mariages à répétition, tous marqués par l'échec. Des enfants qu'elle abandonne, des époux qu'elle vole dérobant de l'argent, des chèques : « Je n'ai jamais compris pourquoi elle faisait ça, » vient dire à la barre son premier époux père de deux filles que l'accusée n'a presque jamais vues. À cet instant Jacqueline Ponthieux n'apparaît pas comme une femme très sympathique. Mais cela suffit-il à faire d'elle une criminelle ?

C'est tout l'enjeu du procès.