Mystérieux assassinat d’un vétérinaire à Madagascar
Ecrit par Geoffroy Tomasovitch
Spécialiste de l’aviculture tropicale, Jean-François Dayon dirigeait des exploitations près de Antananarivo (Madagascar). Son corps a été retrouvé le 1er janvier dans une de ses fermes.
La triste nouvelle s’est intercalée entre les voeux de bonne année. Le 1er janvier, Ronan Dayon, 24 ans, apprend le décès de son père, Jean-François, expatrié en Afrique depuis 1984, par un collaborateur de ce dernier. Le corps sans vie de ce vétérinaire français de 55 ans venait d’être découvert, le jour même, dans un abri abandonné, près de l’une de ses fermes à Madagascar.
« On m’a dit qu’il avait mis fin à ses jours, qu’il aurait pris un cocktail de whisky et de Nivaquine. Ça ne colle pas, mon père ne boit jamais de whisky », relate Ronan qui, dès le départ, ne croit pas à la thèse du suicide. L’orientation prise par l’enquête lui donne aujourd’hui raison. Une deuxième autopsie a accrédité la piste criminelle et six personnes, dont la compagne du vétérinaire, seront déférées ce matin devant un juge malgache.
Fils de volaillers installés à Redon (Ille-et-Vilaine), Jean-François Dayon a suivi des études de vétérinaire. Il commence à exercer en Bretagne, puis rejoint un groupe agroalimentaire implanté dans le Morbihan. Sa vie prend un tournant en 1984. Jean-François émigre à Madagascar où son épouse, Dominique, va enseigner. Trois ans plus tard, le vétérinaire fonde la Sofremad, société de production animale qui emploie aujourd’hui encore plus de cent personnes. Sur le continent africain, le vétérinaire français devient un spécialiste reconnu en aviculture tropicale. Après une parenthèse de six ans au Sénégal, il retourne à Madagascar où il possède plusieurs exploitations.
« De multiples traces de coups »
« Ces derniers temps, mon père avait des soucis professionnels. Surtout, il avait été récemment l’objet de menaces de mort venues du voisinage », confie Ronan, parti après l’annonce du décès à Madagascar, avec son jeune frère, Gildas, et des proches. Ils suivent de près l’évolution de l’enquête qui essaye de retracer les dernières heures de leur parent. Le 31 décembre, Jean-François Dayon réveillonne avec Bodo, une Malgache d’une quarantaine d’années qui partage sa vie depuis dix ans, et des membres de sa belle-famille à Imerintsiatosika où se trouve une de ses fermes, à environ 30 km de la capitale. Le lendemain, le vétérinaire a disparu. Il est finalement retrouvé dans l’abri. Mort. La première autopsie conclut à un suicide. Intriguées par le décès de ce ressortissant, les autorités françaises présentes à Antananarivo s’intéressent à ce dossier. La famille Dayon porte plainte et désigne un avocat, M e Frank Berton, arrivé dans l’île jeudi dernier. La police criminelle est dessaisie au profit des gendarmes et l’enquête prend une nouvelle orientation.
« Mes clients, soutenus par l’ambassade, ont demandé une nouvelle autopsie qui a mis en évidence de multiples traces de coups dont des lésions au niveau des organes génitaux, indique M e Berton. Les enquêteurs ont relevé des contradictions dans les déclarations des convives du réveillon. Fait troublant, les agents de sécurité de M. Dayon avaient été renvoyés. Je pense qu’il a été assassiné. » Sur les treize personnes entendues, six ont été placées en garde à vue pendant quatre jours. Il s’agit de Bodo et de cinq membres de son entourage. Les enquêteurs auraient découvert que le précédent mari de la Malgache, un Allemand, était décédé dans des circonstances peu claires. Les suspects seront transférés à 6 heures aujourd’hui au palais de justice d’Arivomimamo. « Le procureur doit ouvrir une information judiciaire et le juge devrait les inculper », précise M e Berton. Seuls encore sur place, les deux fils de Jean-François Dayon attendent beaucoup de cette journée pour élucider la mort de leur père.