Meurtre du vétérinaire : “Une première autopsie hallucinante”

Ecrit par Nicolas Goinard
Madagascar. Jean-François Dayon avait 55 ans. Ce vétérinaire, spécialiste en aviculture tropicale, établi en Afrique depuis 1984 est mort dans d’étranges circonstances le 1er janvier dans sa ferme d’Imerintsiatosika près d’Antananarivo. Ses proches entendent se constituer partie civile et ont pris pour conseil l’avocat lillois Frank Berton. Il dit croire au crime crapuleux. Neuf personnes ont été inculpées pour assassinat et écrouées.

C’est une histoire digne d’un roman d’Agatha Christie. Une victime, Jean-François Dayon, mort dans d’étranges circonstances. Battue et retrouvée sans vie le jour du 1er de l’an. Et neuf auteurs potentiels, proches de Dayon, tous inculpés et écroués. Mais aucun aveu. Une guerre d’usure a donc débuté entre les enquêteurs malgaches et les neuf suspects. C’est dans ce contexte que Me Frank Berton, avocat au barreau de Lille, a fait son apparition au côté de la famille de Jean-François Dayon. Pour l’avocat, la thèse du crime crapuleux fait peu de doute. Comme l’implication des neufs inculpés. “Ces gens-là mentent. Ils ont menti dans leurs dépositions et sur les conditions de la découverte du corps de Jean-François Dayon. Ils ont caché la vérité.” Et il poursuit : “Par exemple, ce qu’ils ont dit au sujet des horaires ne peut pas marcher.” Ce qui met la puce à l’oreille de Me Berton, c’est aussi les conditions de la première autopsie, “une autopsie hallucinante”, réalisée hors cadre procédural. “La compagne a décidé de faire pratiquer cette autopsie dans un hôpital qui n’a très certainement pas été choisi par hasard. Là, un médecin a ouvert et a dit ‘ça sent l’alcool”. Il a refermé.” C’est ainsi qu’est née la thèse du suicide. Alcool et Nivaquine, un médicament servant à lutter contre le paludisme. Mais ça ne convainc pas la famille de Jean-François Dayon qui en appelle à l’ambassade de France et au procureur. Une seconde autopsie est ainsi pratiquée. Et il ne faut pas beaucoup de temps pour que le médecin légiste découvre huit traces de coups sur le corps de Jean-François Dayon. Le vétérinaire a aussi eu les parties génitales écrasées. “Ces coups ont été la cause du processus mortel”, continue Me Berton. Et non pas une mort due à un cancer de l’estomac comme ont également tenté de se défendre les neuf inculpés. “Ils racontent tout et n’importe quoi”, s’indigne Me Berton.

Me Berton va saisir le parquet de Paris

Le 5 janvier, l’oncle de la compagne de Jean-François Dayon, qui fait partie des “neuf” envoie un texto à sa nièce dans lequel il écrit “mission accomplie chérie.” Interrogé sur ce SMS, il raconte qu’il venait d’installer un gri-gri à l’entrée de la ferme pour éviter le tonnerre. Une explication qui laisse sans voix les enquêteurs. Me Berton soulève également un élément troublant. Un agent de sécurité veille toujours en général sur la ferme. Mais le soir de la mort de Jean-François Dayon, il n’y avait aucun vigile. Il lui avait été demandé de ne pas venir… Les auteurs potentiels ont-ils un mobile pour se débarrasser du vétérinaire ? L’avocat de la famille Dayon est persuadé que le nœud du différend qui opposait la victime à ses bourreaux est de l’ordre financier. “Ils n’étaient pas surpris d’être inculpés ni écroués. C’est l’impression que j’ai eue. Peut-être a-t-il dit qu’il en avait marre de les entretenir et que ça a dégénéré”, se questionne l’avocat lillois. Jean-François Dayon, qui employait 200 personnes dans sa ferme, envisageait de licencier. C’est aussi peut-être ce qui lui a coûté la vie. Le juge d’instruction malgache va donc étudier toutes les pistes. De son côté, Me Berton entend saisir le parquet de Paris, tout en ayant conscience que le pouvoir de la justice hexagonale restera limité “comme les suspects de ce crime ne sont pas Français.” Ronan, le fils de Jean-François Dayon, a été entendu hier matin par le juge d’instruction malgache