Pédophilie : Le mari de l'institutrice innocenté.

Ecrit par GEOFFROY TOMASOVITCH
AUX DETENUS qui le menaçaient en prison, Alain Hodique répondait : « Vous avez vu la bande-annonce du film, attendez de voir le mot fin ». La chambre d'instruction de la cour d'appel de Douai (Nord) a écrit l'épilogue hier. Elle a rendu un non-lieu en faveur d'Alain Hodique, 60 ans, qui avait été renvoyé aux assises pour des viols et des agressions sexuelles présumés, courant 2001, sur cinq élèves de l'école maternelle de Bucquoy (Pas-de-Calais) à  l'époque dirigée par sa femme. « La justice a enfin par sa femme. « La justice a enfin fait son travail. Au bout de plus de quatre ans ! »,soupire cet ancien délégué commercial, retiré avec son épouse dans le Gers.

La décision d'hier prend un relief particulier. La cour d'appel de Douai est accusée d'avoir contribué au fiasco judiciaire d'Outreau en soutenant aveuglément le juge Burgaud. Depuis, de nouveaux magistrats sont arrivés. « Cette fois, la chambre d'instruction a effectué un réel travail. Elle a joué son rôle de contrôle et évité une erreur judiciaire programmée », salue Maître Frank Berton, avocat d'Alain Hodique dont la vie a basculé à  la rentrée scolaire 2001. Depuis l'été, des bruits couraient sur moi, des rumeurs d'abus sexuels. J'ai décidé de porter plainte pour diffamation », raconte Alain. Trop tard. Les parents d'élèves de Bucquoy ont déjà  dénoncé l'époux de la directrice, soupçonné d'avoir abusé d'enfants dans la maison du couple près de la maternelle.

Un an de prison
Malgré ses protestations d'innocence, le délégué commercial est jeté en prison où il passera un an. « Le juge était convaincu que j'étais coupable, il n'a jamais varié. Quand aux médias, ils m'ont lynché », ajoute Alain. A l'époque, l'émotion est à  son comble dans ce village du sud d'Arras. Jack Lang, alors ministre de l'Education nationale, en rajoute en écrivant une lettre de soutien aux parents des victimes présumées, dénonçant les actes odieux du pédophile. « M. Lang a gravement bafoué la présomption d'innocence. Aujourd'hui, nous réclamons des excuses publiques ! » indique Maître Berton. Son client , lui, préfère souligner le sort de sa femme, toujours suspendue par l'Education nationale.

Comme pour Outreau, Alain Hodique a été renvoyé aux assises par un juge d'instruction différent de celui qui a mené l'enquête. Or, cette magistrate ne l'a jamais vu, n'a jamais entendu les enfants. « S'il ne ressort pas de constatations objectives que les faits se sont effectivement produits, force est de constater qu'ils sont matériellement possibles, tant du point de vue temporel que spatial », a noté curieusement la juge favorable à  un procès. Alain Hodique a fait appel, soulevant une foule d'invraisemblances. Un exemple : une fillette a désigné son frère comme victime alors qu'elle n'en avait pas ! « Le pire, c'est que ces enfants ont été instrumentalisés. Et je ne saurai jamais pourquoi », se désole Alain même s'il a toujours cru à  une cablae visant sa femme réunionnaise. « C'est du passé », tranche Alain, qui ira pointer aujourd'hui à  la gendarmerie. Le parquet général a en effet quatre jours pour se pourvoir en cassation.