LES FAITS DIVERS - Enquête : Accusé de pédophilie, l'instituteur se défend.
Ecrit par GEOFFROY TOMASOVITCH
REFUGIE DANS LE GERS avec son épouse, Alain Hodique défendra son honneur ce matin devant la cour d'appel de Douai. Cet homme de 60 ans a été renvoyé aux assises pour des viols et des agressions sexuelles présumées, en 200, sur 5 élèves de l'école maternelle de Bucquoy (Pas-de-Calais) dont la directrice était sa femme. « Ce dossier est un nouvel Outreau ! », tonne Maître Franck Berton qui plaidera le non-lieu pour son client détenu pendant un an.
L'affaire avait éclaté avec grand bruit dans ce bourg proche d'Arras à la rentrée de 2001. Jack Lang, ministre de l'Education, s'en était mêlé, aussi attaqué pour atteinte à la présomption d'innocence. La tempête retombée, Alain Hodique a été renvoyé devant les assises en août dernier.Vingt-trois mois après la fin de l'instruction ! Entre-temps, le séisme d'Outreau avait fait ses dégâts. Les accusations contre l'époux de la directrice, innocentée après avoir été soupçonnée de complicité, paraissent fragiles. Mais surtout, c'est l'examen des charges, établi par la juge d'instruction d'Arras dans son ordonnance, qui laisse perplexe. « Il ne ressort aucune preuve directe de la culpabilité de M. Hodique », note ainsi la magistrate. Avant d'ajouter : « Force est de constater que 5 enfants, âgés de 3 ans et demi à 6 ans et demi, le désignent comme ayant procédé sur eux à des abus sexuels. »
L'avocat de la défense : « C'est la porte ouverte à n'importe quoi »
Tout en relevant quelques incohérences, la juge croit en la parole des enfants, confortée par l'avis des experts psychologues. « Elle n'a jamais entendu ces enfants, se contentant de l'enregistrement de leurs auditions », regrette Maître Berton à qui toute confrontation a été refusée. Remonté, l'avocat cite les propos de la juge à ses yeux les plus incroyables : « S'il ne ressort pas de constations objectives que les faits se sont effectivement produits, force est de constater qu'ils sont matériellement possibles, tant du point de vue temporel que spatial. » Concrètement, des écoliers auraient pu échapper à la surveillance des maîtresses et être abusés par Hodique, agissant sans complice, à son domicile proche de l'école.
« La juge écrit qu'il n'existe ni preuve directe ni constatations objectives, mais que l'infraction est possible. Irréel ! C'est la porte ouverte à n'importe quoi, je n'ai jamais vu ça », dénonce Maître Berton. Quant aux accusations des enfants ciblées contre Hodique, l'avocat les explique par un « effet de contamination » dans un climat malsain à Bucquoy, où l'arrivée d'une directrice d'école réunionnaise avait déplu à certains, le couple Hodique s'attirant de sérieuses inimitiés.