Le parquet général de Douai diligente un pourvoi en cassation.
Ecrit par D.S
En septembre 2001, Jack Lang, à l'époque ministre de l'Education nationale, avertit par une lettre officielle les parents d'élèves de l'école Bucquoy, petit village près d'Arras: le mari de la directrice de l'école maternelle (qui compte en tout deux institutrices) s'est rendu coupable d'attouchements pédophiles sur plusieurs enfants de l'école.
Le texte ne prend aucune précaution avec la présomption d'innocence. Alain Hodique, 56 ans, se retrouve en prison; son épouse, la directrice (non mise en examen), est suspendue avec demi-retraite, l'autre institutrice (jamais mise en cause) est mutée autoritairement. 380 jours de détention provisoire pour Alain Hodique, représentant de commerce, jamais condamné, qui a toujours nié mais qui habitait le logement de fonction de la directrice.
Des accusations non corroborées
Aucun élément matériel, aucun témoignage extérieur (à part les déclarations de 7 petits enfants tous déclarés "crédibles" par les psychologues), aucun élément troublant dans la personnalité de l'accusé ne vient corroborer les accusations.
Le 13 décembre dernier ("après 460 jours de mise en examen et de calvaire ", pour reprendre l'expression d'Alain Hodique réfugié avec son épouse dans le Gers), Gérald Vinsonneau, le président de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Douai, refuse de renvoyer ce dossier devant les assises et rend un non-lieu. Bref, après avoir été traîné dans la boue, Alain Hodique est innocent.
Sur la forme, pas sur le fond
Hier, tout à la fin du délai légal, on apprenait que le parquet général de Douai, si actif dans l'affaire d'Outreau avait décidé d'introduire un pourvoi en cassation. Autrement dit, ne pouvant faire appel de cette décision puisqu'elle est prise par des juges d'appel, le procureur général de Douai estime que la loi a été mal appliquée par les conseillers de la cour. En effet, un pourvoi en cassation ne peut être diligenté que sur la forme, pas sur le fond.
Evidemment, avec la période de réflexion (initiée par le ministre de la Justice) qui s'ouvre sur les dysfonctionnements qui ont permis la catastrophe judiciaire d'Outreau, ce pourvoi en cassation revête une coloration particulière.
Contacté hier, Maître Frank Berton, avocat de l'ancien accusé, fait part de sa surprise : "Je ne comprends pas cette décision, mon client ne peut que prendre ça pour de l'acharnement", résumé l'avocat lillois.