Jack Lang aurait dû tourner sept fois sa plume dans son encrier.
Ecrit par Fl.T
Jack Lang est sans doute un peu gêné aux entournures et on peut le comprendre. En septembre 2001, le mari de la directrice de l'école maternelle de Bucquoy près d'Arras, soupçonné d'actes de pédophilie, est mis en examen et écroué. Il fera 380 jours de détention préventive.
Dès le 6 septembre, Jack Lang, alors ministre de l'Education nationale, adresse un courrier aux parents d'élèves dans laquelle il ne s'embarrasse pas de précautions : « C'est avec stupeur et consternation que j'ai appris les actes scandaleux et odieux commis par l'époux de la directrice de l'école maternelle de Bucquoy où sont scolarisés vos enfants », écrit-il. « Je partage la souffrance des jeunes victimes et l'émotion de leurs familles », poursuit-il avant de les «assurer que toutes les mesures seront prises pour sanctionner les fautes qui ont été commises ».
Une missive dont le caractère jugé public (du fait de son envoi en grand nombre) par Maîtres Frank Berton et Christian Cochet, les avocats d'Alain Hodique et de son épouse, est considéré comme violant allègrement la présomption d'innocence : « emploi de l'indicatif, aucun conditionnel, c'est scandaleux », s'indignait alors Maître Berton, annonçant un recours contre le ministre devant le tribunal d'Arras. Tribunal qui, d'ailleurs, ne donnera pas suite.
Le 14 décembre dernier, Alain Hodique est blanchi par la justice qui prononce un non-lieu. Jack Lang est alors interrogé par une radio qui a de la mémoire sur la situation juridique et morale de M. Hodique, suite à la procédure engagée contre lui. Mais Jack Lang ne se souvient plus de ce qu'il a pu écrire à l'époque.
Il a finalement décidé de reprendre la plume pour s'adresser directement à M.Hodique : « ma mémoire ne me permet pas de reconstituer les éléments du dossier qui m'auraient conduit à adresser une lettre aux parents des enfants de l'école dirigée alors par votre épouse ». Il demande au ministère de fouiller dans ses dossiers et « s'il apparaissait que, par souci de protéger les enfants, j'aurais indà»ment mis en cause la présomption d'innocence, j'en ressentirais alors un immense regret ».
Et Jack Lang l'assure, il ne manquera pas d'en faire part à M.Hodique.