Il était soupçonné d'avoir abusé de cinq enfants de quatre à six ans. Non-lieu pour le mari de la directrice de la maternelle de Bucquoy.

Ecrit par Didier Specq
Le mari de la directrice de la maternelle de Bucquoy était accusé d'attouchements.
Il est mis hors de cause.
Alain Hodique, 56 ans, jamais condamné, a passé 380 jours en prison provisoire avec une accusation infamante sur le dos : il aurait abusé de plusieurs élèves de l'école maternelle de Bucquoy dont son épouse était la directrice.

Hier, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Douai, présidée par Gérald Vinsonneau, a rendu un non-lieu dans ce dossier où la juge d'instruction d'Arras, Ida Chafaï, voulait envoyer cet homme aux assises. Une affaire proprement hallucinante !

Le 13 juillet 2001, le procureur d'Arras, averti par une dénonciation, soupçonne des attouchements sexuels : une petite fille, âgée de trois ans, parle d'attouchements perpétrés par le mari de la directrice de l'école maternelle. Enquête. L'histoire se déroule à  Bucquoy, un petit village près d'Arras. L'école est minuscule : une directrice, une institutrice, une femme de ménage et 52 enfants. Dès la rentrée, en septembre, une lettre signée de Jack Lang, ministre de l'Education, arrive aux parents de l'école : méprisant la présomption d'innocence, Jack Lang raconte toute l'affaire au présent de l'indicatif ! Me Berton et Me Cochet, les avocats du couple, déposeront une plainte pour ces atteintes mais le tribunal d'Arras bottera en touche.

Hier matin, nous avons contacté Alain Hodique, réfugié dans le Gers avec son épouse : « 380 jours de prison et de souffrance ! Pas de promenade, par exemple, parce que les délinquants vous menacent sans cesse ! On m'a libéré ensuite t j'ai dû attendre 4 560 jours pour enfin être reconnu innocent ! J'espère que Jack Lang et ceux qui m'ont traîné dans la boue vont m'excuser ! »

Aucune preuve directe.

En effet, cette histoire, en pleine rentrée scolaire, est restée longtemps à  la « une » des télés en septembre 2001. Son épouse, la directrice, ne sera pas mise en examen. Mais suspendue avec demi-traitement alors qu'elle est témoin assisté : « Mon épouse, toujours suspendue, attend encore un mot de l'Education nationale », ajoute Alain Hodique. Quant à  l'autre institutrice, jamais mise en cause, elle sera envoyée, contrainte et forcée, à  l'autre bout du département !

En septembre 2001, les gendarmes finiront par recueillir sept témoignages d'enfants. Les faits auraient pu se dérouler lorsque, lors de la fête de fin d'année scolaire, des groupes d'enfants sont venus chez Alain Hodique, dans le logement de fonction de la directrice, enregistrer certaines parties du spectacle. Finalement, cette éventualité sera écartée car il y a justement des enregistrements sonores.

Comme souvent, les psychologues disent que les enfants sont crédibles. Donc c'est vrai. La juge d'instruction note que les parents estiment que leurs enfants ne peuvent inventer de telles choses. Détail : France 3 a interrogé la mère et le père d'une des victimes présumées. Or, sur la télé dans le salon trône la reproduction d'un sexe en érection, avec tous les détails, qui n'a même pas été retiré lors de la visite des caméras !

« Au final, contre Alain Hodique, on ne trouve strictement rien », s'exclame Me Berton. La juge d'instruction l'admettait à  la fin de sa procédure : « Il ne ressort aucune preuve directe de la culpabilité de M. Hodique » Mais, « s'il ne ressort pas de constatations objectives que les faits se sont effectivement produits, force est de constater qu'ils sont matériellement possibles, tant du point de vue temporaire que spatial ». Et « on peut envisager la possibilité que les enfants aient été attirés au domicile du couple Hodique lors de récréations » car il existe un « angle mort ».

Dernier détail pour se charger Alain Hodique : « Son caractère têtu, son tabagisme excessif et son peu de goût pour les activités sportives et les tâches ménagères ».
Le président Visonneau, en rendant son non-lieu, a sans doute évité que la justice ne se ridiculise une nouvelle fois.