Affaire présumée de pédophilie à Bucquoy.
Ecrit par Dider Specq
Sans aucune preuve directe
La chambre d'instruction de la cour d'appel de Douai examinera, demain matin, le renvoi devant les assises, contesté par Maître Berton et Maître Cochet, de l'accusé de l'affaire de pédophilie de Bucquoy, dans le Pas-de-Calais. Une histoire pour le moins étrange.
Le 13 juillet 2001, le procureur d'Arras est averti de soupçons concernant des attouchements sexuels : une petite fille, âgée de trois ans et demi, a dénoncé à ses parents les agissements du mari de la directrice de l'école maternelle.
Enquête. L'histoire se déroule à Bucquoy, près d'Arras. L'école est petite : une directrice, une institutrice, une femme de ménage et 52 enfants. D'autres enfants seraient impliqués.
A la rentrée suivante, une lettre signée de Jack Lang, ministre de l'Education, arrive aux parents de l'école : l'affaire est racontée sans le moindre conditionnel, avec peu d'égard pour la présomption d'innocence qu'on fait ronfler dans les discours. Alain Hodique, 56 ans, jamais condamné, agent commercial, est envoyé en prison le jour de la rentrée ! Il niera toujours. Il restera un an en détention provisoire.
Son épouse, la directrice, ne sera pas mise en examen. Mais suspendue avec demi-traitement alors qu'elle est témoin assisté. Quant à l'autre institutrice, jamais mise en cause, elle sera envoyée, contrainte et forcée, dans un poste à l'autre bout du département !
Une cellule de crise est ouverte par la gendarmerie : de fil en aiguille, sept enfants viendront dire qu'ils ont été victimes d'attouchements de la part du mari de la directrice. Deux parlent de pénétration. Les faits auraient pu se dérouler lorsqu'à l'occasion de la fête de fin d'année scolaire, des groupes d'enfants étaient venus chez Alain Hodique, qui occupe le logement de fonction de la directrice, enregistrer certaines parties du spectacle.
Comme dans l'affaire d'Outreau, les psychologues viennent dire que les enfants sont crédibles. Et la juge d'instruction Ida Chafaï note bien entendu que parents et témoins estiment que des enfants ne peuvent inventer de telles choses.
Détail : France 3 a interrogé la mère et le père d'une des victimes présumées. Or, sur la télé dans le salon trône la reproduction d'un sexe en érection qui n'a même pas été retiré lors de la visite des caméras. L'objet a été finalement saisi : tous les détails anatomiques y sont mais, sans doute ; l'enfant victime ne regardait jamais la télé et sa subtile décoration.
Un « angle mort »
A u final, contre Alain Hodique , on ne trouve strictement rien. Et la juge d'instruction l'admet à la fin de sa procédure : « Il ne ressort aucune preuve directe de la culpabilité de M. Hodique ». Toutefois, la liste des accusations des enfants suffit pour envoyer cet homme aux assises : « S'il ne ressort pas de constatations objectives que les faits se sont effectivement produits, force est de constater qu'ils sont matériellement possibles, tant du point de vue temporel que spatial ».
Il est rare qu'un juge écrive de telles choses noir sur blanc. D'autant que la magistrate admet que les abus n'ont pu être effectués lors des enregistrements sonores pour les fêtes et que les punitions n'ont jamais été effectuées au domicile des époux Hodique. Alors quand ? « On peut envisager la possibilité que les enfants aient été attirés au domicile du couple Hodique lors de récréations ». Certes, les récrés étaient surveillées mais il existerait, dans la cour, un «angle mort ».Il existe dons des « charges suffisantes », selon la juge d'Arras, pour envoyer l'accusé devant la cour d'assises de Saint-Omer.
Une dernière phrase de la magistrate concernant ce dernier : « Les seuls éléments négatifs mentionnés ont trait à son caractère têtu, à son tabagisme excessif et à son peu de goût pour les activités sportives et les tâches ménagères ».
Si, si, nous sommes en France en 2005.