Un procès hors du commun s'est achevé hier à Douai où un Lesquinois était jugé pour tentative d'assassinat sur sa femme.

Ecrit par Geoffroy Tomasovitch
Le pardon de l’épouse entendu par la justice
A nouveau réunis, pour la vie. Arrivés à trois, soudés comme jamais, les Godrie ont quitté, hier soir, ensemble, le palais de justice de Douai. Main dans la main, soulagés, heureux, Emmanuel, le fils, s’est effondré comme ses parents à l’écoute du verdict : cinq ans de prison, assortis du sursis. Après une heure et demie de délibéré, les jurés ont entendu la défense et suivi une partie des réquisitions de l’avocat général qui demandait cinq ans de prison « avec une partie de sursis et une obligation de soins ».

Jean-Claude Godrie, un Lesquinois de 57 ans, jugé depuis lundi midi pour tentative d’assassinat sur son épouse est reparti, comme il est arrivé, libre. « Merci », a dit Chantal, sa femme. « Un poids m’a été enlevé, glissait de son côté Emmanuel, je suis tellement content pour mes parents. »
C’est un procès pour le moins hors du commun qui s’est achevé hier soir aux assises de Douai où Jean-Claude Godrie, un ancien architecte à son compte, était jugé pour avoir tenté de tuer sa femme à l’aide d’un fusil de chasse (lire notre édition d’hier). Au petit matin du 20 septembre 2002, il avait tiré sur son épouse encore endormie.
Emmenée dans un état critique au CHRU de Lille, elle s’en sortira « par miracle », a souligné hier un expert. Mais avec de lourdes séquelles : Chantal deviendra, de façon irrémédiable, aveugle. Jamais elle ne portera plainte contre son époux à qui elle est mariée depuis 37 ans. Mieux, elle sera son principal soutien tout au long du procès où elle s’est constituée partie civile. « Je sais qu’il n’a pas voulu m’assassiner, qu’il a fait cela par amour », a-t-elle répété.
Parce qu’il était criblé de dettes (190 000 €), Jean-Claude Godrie n’a vu qu’une seule issue : « Me tuer et emmener la famille avec moi. » Ce qui l’arrêtera, le matin des faits, ce sont les cris son épouse et la vue de son fils. Cet acte a surpris l’entourage entier des Godrie, à entendre les témoins à la barre hier. Non, personne ne s’y attendait et personne ne pourra apporter une once d’explication à cet acte au cours du procès. Ces dettes étaient survenues « suite à une gestion, sans comptable, pour le moins désastreuse, de votre cabinet d’études », a précisé la présidente Mme Schneider.

Couple fusionnel
Hier, le couple, catholique pratiquant, n’a cessé d’être décrit comme fusionnel, ne vivant que pour les autres. Leur entourage, a toujours été étonné, presque fasciné, par la profondeur de leur amour. « Jamais Chantal ne s’est plainte de sa cécité. Elle n’est pas victime de son mari mais victime de la vie. C’est extraordinaire de les voir ensemble quand ils se rencontrent le week-end », a décrit un témoin.
La partie civile, défendue par Maître Cochet a donc demandé l’acquittement. « Il y a peut-être une place pour autre chose que la peine. »
Le réquisitoire de l’avocat général a recadré les choses : « Nous sommes en présence d’une infraction caractérisée qui a causé un trouble à l’ordre public, a-t-il déclaré, qualifiant d’irresponsable l’accusé. Il a fait de son épouse une personne dépendante à vie. » La défense a rappelé qu’aucun témoin à charge n’avait comparu à la barre.
« Jean-Claude a remplacé une souffrance par une autre. L’arme n’a pas été achetée pour les besoins de la cause. Il a hésité à tirer. Un assassin n’hésite pas, a rappelé Maître Berton qui n’a pas plaidé l’innocence, cela n’aurait pas de sens. » Ce qu’il a demandé, « c’est que Chantal puisse quitter la salle d’audience au bras de son mari. L’amour est plus fort que le crime ». Ce qu’ont entendu les jurés.